DIMANCHE DE PENTECOTE 2016

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La joie de la Pentecôte puise sa source dans la joie de la résurrection du Christ. En effet, la fête de la Pentecôte que nous célébrons aujourd’hui est intimement liée à la fête de Pâques, de la même manière que l’Esprit est intimement uni au Christ. Déjà, le mot pentecôte de par son origine grecque fait référence à 50 jours après Pâques. Cinquante jours dans l’espérance de la réalisation de la promesse du Christ. La promesse renferme en elle une force qui nous ouvre sur l’avenir avec confiance et assurance. Les différentes lectures du jour nous plongent profondément dans la réalité du mystère même de la vie en Dieu qui est Père, Fils, et Esprit.
Tout d’abord, à travers l’extrait de l’Evangile selon St Jean, l’Eglise nous rappelle que la Pentecôte chrétienne est avant tout la réalisation de la promesse du Christ à ses disciples, celle de prier le Père pour que leur soit donné « un autre Défenseur ». Celui-ci sera pour toujours avec eux. La présence du Défenseur rassure et met en confiance. Dans le passage du livre des Actes des Apôtres que nous avons entendu dans la première lecture, la venue de l’Esprit intervient dans un contexte de grande attente, marquée par une vie de prière assidue de la communauté des disciples du Christ. La réalisation de la promesse faite par le Maître ravive en ses disciples l’espoir et le courage de l’annoncer, lui le Ressuscité. L’Esprit est par essence don. Nous n’avons rien mérité pour le recevoir. Le seul mérite que nous ayons c’est d’être aimés par le Christ. C’est donc dire que l’amour de Dieu est le mérite qui nous vaut le don de l’Esprit. Cet Esprit est l’Esprit du Christ ressuscité. En effet, c’est aussi parce que le Christ est vraiment ressuscité que l’Esprit vient comme pour confirmer cette bonne nouvelle et consolider notre foi. En réalisant sa promesse Dieu nous montre qu’il tient toujours parole, que sa Parole est vérité. Celui qui ne tient pas ses promesses ne vit pas dans la vérité.
Ensuite, accueillir le don de l’Esprit implique de vivre de l’Esprit, de se laisser conduire par Lui, comme nous l’exhorte l’apôtre Paul dans la deuxième lecture, extraite de sa lettre aux Romains. Il s’agit pour nous d’être des hommes et des femmes de prière qui travaillent à l’unité du Corps du Christ dans l’amour mutuel, et qui, par conséquent ne sont pas sous l’emprise de la chair. Prière, Amour, Unité, sont pour moi les trois marques de l’Esprit qui font de nous des fils et filles de Dieu. C’est par la prière que Dieu nous donne son Esprit et c’est par elle également que nous demeurons sous l’emprise de l’Esprit. C’est dans une communauté en prière que l’Esprit s’est manifesté comme don du ciel. L’Esprit est celui qui anime notre vie de foi. Par l’Esprit, l’Eglise se forme et devient un seul corps. L’Esprit nourrit l’Eglise de ses dons. Sans ces dons de l’Esprit, l’Eglise ne peut pas tenir. L’Esprit est véritablement le souffle de l’Eglise. De même que nous ne pouvons pas vivre sans souffle, de même aussi l’Eglise ne peut tenir sans l’Esprit. L’Esprit est le gardien de notre unité et des liens d’amour qui nous unissent. Il agit en nous pour que nous soyons agréables à Dieu. Mais l’Esprit respecte aussi notre liberté. Il collabore avec nous.  Il ne nous possède pas mais nous saisit pour que nous demeurions fidèles à l’enseignement du Christ et ne tombions pas dans les pièges du malin. Il est à l’opposé de l’accusateur. Il nous conseille et nous révèle les secrets de Dieu. Car il sait mieux que nous ce qui plaît à Dieu puisqu’il est Dieu lui-même. Dans le respect de notre liberté, l’Esprit suggère à notre conscience ce que nous devons faire pour hâter le règne de Dieu sur terre. Sachons donc recourir à lui à chaqu’instant de notre vie, particulièrement dans nos moments de doute, d’hésitation, de crise de la foi, ou de discernement sur une question essentielle de notre vie. Si nous acceptons d’accueillir l’Esprit chez nous, il viendra et demeurera avec nous. Et là où est l’Esprit, là aussi se trouvent le Fils et le Père. Tous travaillent ensemble. Par conséquent, lorsque nous invitons Dieu à notre table, songeons toujours à préparer trois couverts: un pour le Père, un pour le Fils, et un troisième pour l’Esprit. L’égalité en Dieu est une égalité d’amour. Dans l’amour, point n’est besoin de classes. Car nous sommes vidés de notre égoïsme, de notre tendance au culte de la personnalité, de notre quête de grandeur. La notion de premier ou dernier importe peu. Car la cour de Dieu n’est pas celle des hommes. Ce qui reste quand notre humanité a été transfigurée par la présence de Dieu, c’est l’amour, le désir de se mettre totalement au service des autres, d’avoir comme  philosophie de vie le don de soi aux autres. Ce principe ne peut être actif que sous l’action de l’Esprit.  Aussi, l’invitation à vivre de l’Esprit ne nous concerne pas seulement en tant que membres individuels de la communauté chrétienne. Elle concerne aussi nos familles. Car les familles chrétiennes ne sont pas en dehors de l’Eglise. Elles sont dans l’Eglise. C’est pourquoi le don de l’Esprit à l’Eglise s’étend également à elles. Les familles chrétiennes doivent donc elles aussi vivre de l’Esprit, être sous l’emprise de l’Esprit. Nos familles chrétiennes sont-elles conscientes aujourd’hui de leur responsabilité dans la mission d’évangélisation du Christ? Les divisions en elles sont des indices de notre fermeture au travail de l’Esprit. C’est dans une communauté réunie que l’Esprit est descendu pour renforcer la foi de ses membres et leur désir de faire corps et de vivre ensemble.
Enfin, si l’Esprit nous est donné, c’est fondamentalement en vue de la mission du Christ. En effet, l’Esprit nous accorde ses dons pour le service de l’Evangile du Christ. Ce don de l’Esprit est en réalité le « baptême » de l’Eglise par le Christ. En effet, la Pentecôte peut être considérée comme ce jour où le Seigneur “baptise” son Eglise, le jour de naissance de l’Eglise missionnaire. « C’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptises sous peu de jours » (Ac 1, 5). La Pentecôte est aussi la consécration de l’amour de Dieu pour son Eglise. Comme avec le baptême du Christ, Dieu par ses dons confirme son amour indéfectible pour son Eglise. “Celle-ci est ma fille bien-aimée en qui j’ai mis tout mon amour.”  Sa mission est d’annoncer la vérité de la résurrection du Christ. Notre foi au Christ repose essentiellement sur la foi en sa résurrection. Si le Christ est ressuscité, ceux et celles qui sont à lui ressusciteront eux aussi à sa suite. Croire en la résurrection du Christ c’est par ricochet croire en sa propre résurrection. Désormais, l’Eglise est purifiée de son “péché originel”, celui de la peur et de la désunion. La peur de la diversité, la peur de l’adversité, et la peur de l’obscurité de la foi. Elle est désormais ce peuple uni, revigoré par l’Esprit qui a ressuscité le Christ, ce peuple de témoins de l’amour de Dieu dans la diversité des dons reçus. C’est par le don des langues que l’Esprit du Christ ressuscité envoyé par le Père choisit de se manifester. La langue est un vecteur de communication entre les peuples. Mais elle peut aussi être instrumentalisée et devenir un objet de division et de tension entre les peuples. Le rôle de l’Esprit est d’être « l’interprète » des disparités linguistiques, de construire des ponts en brisant les barrières. Bref, par l’action de l’Esprit se renouvelle sans cesse l’alliance des origines de l’humanité avec son Créateur.
En ce jour où l’Esprit se fait connaitre à nous comme celui dont la mission est de nourrir la vie des croyants et de rassembler en un seul corps tous les enfants de Dieu dispersés, laissons-nous guider par Lui afin que brille en nous la joie de la présence du Christ ressuscité.
P. Engbwang Bernard, SJ

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