Pour plus de 450 ans, les prêtres et les frères jésuites ont vécu une grande histoire de servir l’Eglise dans de manières nouvelles et inattendues. Nous sommes toujous des hommes faits pour la mission, prêts à changer de lieu, de profession et de mode de vie – tout ce qui peut faire avancer notre mission dans l’Église. Nous sommes appelés à aller au bout du monde pour enseigner Jésus-Christ et prêcher la Bonne Nouvelle.

Aujourd’hui, ce «nous» s’est élargi pour inclure les hommes et les femmes qui partagent cette vision du service à la foi et à la justice qu’exige la foi. Ensemble, jésuites et laïcs partenaires se mettent en présence du Dieu qui a créé tout être humain et nous nous posons les mêmes questions que Saint Ignace a suggéré à ses premiers compagnons au cours de la période de prière qui a conduit à leur vie de compagnonnage definitif:

Qu’ai-je fait pour le Christ?

Qu’est-ce que je fais pour le Christ?

Que vais-je faire pour le Christ?

Fondée par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus a été approuvée par le Pape Jules III en 1540. La Compagnie de Jésus est un corps diversifié engagé dans une variété de ministères au carrefour de l’affrontement culturel, des combats sociaux et économiques, du renouveau religieux et de nouvelles occasions de porter la Bonne Nouvelle aux peuples du monde entier.

Les jésuites veulent être des hommes pour les autres, vivant et travaillant au cœur du monde, s’efforçant de promouvoir ce qui conduit l’homme à vivre d’une façon toujours plus unie à Dieu et solidaire avec autrui. Leur forme de vie comporte les trois vœux de religion : pauvreté, chasteté et obéissance, ces vœux qui les aident à devenir libres pour le service de Dieu, afin de pouvoir partager avec les autres et de se rendre disponibles pour tous et pour chacun en vue d’un service toujours plus grand.

General et l’assistant d’AfriqueIls ont pour vocation d’être avec le Christ comme serviteurs de sa mission universelle et d’être avec les hommes et les femmes là où ils vivent, travaillent, luttent et souffrent afin d’apporter l’Evangile au cœur de leur vie et de leurs travaux.

Etant pèlerins avec le Christ en mission, ils sont prêts à être dispersés dans la vigne du Seigneur. Cette mission les porte à vivre une expérience permanente d’union au Christ crucifié et ressuscité qui les appelle à préparer avec Lui le monde à devenir Royaume de Dieu. L’union au Christ leur donne d’entreprendre leur travail avec une grande confiance. Car ils ne peuvent compter sur leurs propres forces humaines, mais sur le Seigneur qui leur dit, comme à saint Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse.» (2 Co 12,9).

Le gentilhomme

Iñigo Lopez de Loyola, qui adoptera le prénom d’Ignace, est le fondateur de la Compagnie de Jésus. Il est né en 1491 au pays basque, treizième et dernier enfant d’une famille noble, aux traditions chrétiennes vivantes.

L’Espagne de ce temps est en plein élan de reconquête sur les Maures et vers les grandes découvertes maritimes. C’est donc un chevalier, épris de prouesses galantes, d’honneur et d’héroïsme, qui grandit en cet univers de l’ordre médiéval.

Lorsque l’armée française marche sur la Navarre, seule Pampelune résiste désespérément. Le lundi de Pentecôte, 20 mai 1521, l’artillerie française bombarde la citadelle. Un boulet atteint Iñigo, qui s’écroule, une jambe broyée et l’autre blessée. Sa chute brise la résistance des défenseurs. Les vainqueurs transportent le blessé au château paternel. Sa jambe s’étant mal ressoudée, deux nouvelles opérations seront nécessaires. Dans la nuit du 28 au 29 juin, veille de saint Pierre, il se trouve à l’article de la mort. Mais il s’en sortira ; il attribuera à saint Pierre sa guérison.

Le pèlerin

Durant sa convalescence une évolution intérieure va conduire à sa conversation. Pour se distraire il demande des romans de chevalerie. Mais dans la bibliothèque du château il n’y avait que deux ouvrages de piété : une histoire des saints, La légende Dorée, du dominicain Jacques de Voragine, et la Vie de Jésus-Christ du chartreux Ludolphe de Saxe.

C’est la lecture de ces livres et ses propres réflexions qui conduiront Iñigo à réviser son premier idéal de vie. Les saints lui font découvrir un nouveau style de chevalerie spirituelle. L’histoire de Dominique, de François d’Assise et celle de l’anachorète Onuphre l’impressionnent. Il transcrit dans un gros volume, les paroles et les actions du Christ et de la Vierge.

Durant ces semaines, stimulé par la lecture de Ludolphe, Iñigo fait sa première expérience de discernement des esprits. A l’exemple des saints, pour faire pénitence de ses péchés, il se propose d’entreprendre des choses ardues et difficiles. Puis il conçoit le projet de partir pour la Terre Sainte, comme pèlerin, et d’y finir ses jours.

En février 1522, il quitte Loyola en habit de chevalier. Le pèlerinage commence. A l’abbaye bénédictine de Montserrat, il prépare durant trois jours une confession générale pour remettre sa vie de péché à la miséricorde de Dieu. Le 25 mars, au cours d’une veillée d’armes, il se consacre au service du Christ, son nouveau roi, par la médiation de Marie, sa nouvelle dame. Il s’arrête à Manrèse où il vit une aventure spirituelle riche et décisive. Quand il quitte Manrèse, l’essentiel des Exercices spirituels aura pris corps.

En février 1523 commence le pèlerinage en Terre Sainte. Il durera une année entière. Le 4 septembre il est à Jérusalem. Mais, le 22 septembre il en est expulsé par le provincial des franciscains.

Revenu à Barcelone, en février 1524, Ignace décide de donner à sa vie une orientation nouvelle. A 33 ans il va entreprendre le long cycle des études qui le conduira au sacerdoce. Venu à Alcala en 1526 pour commencer le cours des Arts, il recrute ses premiers compagnons et suscite aussi les soupçons de l’inquisition. En septembre il quitte l’Espagne et se rend seul à Paris. Il ne se contente pas d’obtenir sa maîtrise ès Art. Il rassemble de nouveaux compagnons. Plusieurs ne le suivront pas, mais d’autres deviendront le premier noyau de la Compagnie, Pierre Favre et François Xavier d’abord. Ils seront sept, le 15 août 1534, à monter à Montmartre. Là ils renouvellent ou font le voeu de chasteté, de pauvreté; en outre ils s’engagent à aller à Jérusalem une fois leurs études terminées. Mais si, pour quelques raisons, ce projet ne peut se réaliser, après un an d’attente, ils s’en remettront au Pape, “vicaire du Christ en terre”, pour fixer les formes et les lieux de leur ministère.

En avril suivant, Ignace, malade, repart vers sa terre natale. Le rendez-vous avec les compagnons est fixé à Venise. Ils s’y retrouveront à dix en janvier 1537. Une délégation part pour Rome; elle obtient du Pape l’autorisation du pèlerinage de Jérusalem. Le Pape leur accorde aussi les plus larges facultés pour le ministère de ceux qui sont déjà prêtres et pour l’ordination des autres, dans les conditions les plus favorables. Cette ordination aura lieu à Venise, le 24 juin 1537. Mais les compagnons décident, unanimement, qu’avant de célébrer leur première messe, ils iront s’y préparer durant trois mois, en menant la vie contemplative et en faisant pénitence.

C’est alors qu’Ignace, avec Favre et Lainez, s’installe, aux portes de Vicence, dans le vieux couvent abandonné de Saint-Pierre in Vivarolo. Il y revivra les expériences de Manrèse. Après cette période, ne voyant pas de possibilité immédiate pour le voyage en Terre Sainte, les compagnons décident de se disperser à nouveau pour reprendre leur vie apostolique dans les villes universitaires de haute et de moyenne Italie. C’est alors qu’avec Favre et Lainez, Ignace part pour Rome. Vers le 15 novembre 1537, au hameau de la Storta, Ignace, à la suite d’une vision éprouve, comme autrefois à Manrèse, une transformation profonde.

Il arrive à Rome en décembre 1537. Désormais, il ne quittera pratiquement plus la ville. Il s’y adonne d’abord, comme tous ses compagnons, à tous les ministères possibles de charité corporelle et spirituelle. Surtout, il donne les Exercices. Les calomnies, à nouveau, s’abattent sur lui. Il tient désormais à faire reconnaître publiquement la rectitude de son sens de l’Eglise aussi bien dans sa pratique que dans ses écrits. Cela permet aux compagnons de faire la démarche dont ils rêvaient depuis Paris, puisque le voyage à Jérusalem s’avère impossible. En novembre 1538 ils s’offrent au Pape Paul III. Ce dernier leur confie la première mission de la Compagnie: enseigner le catéchisme aux enfants des écoles de Rome. Pour Ignace, l’année se termine par la célébration de sa première messe, la nuit de Noël, à l’autel de la Nativité de la basilique Sainte-Marie-Majeure. En 1539 un tournant décisif va s’opérer. Il y a eu, jusqu’ici, un groupe de compagnons; la Compagnie de Jésus va naître, alors que, jusqu’à cette date, jamais les compagnons n’avaient formé le projet de fonder un nouvel ordre religieux. Mais, à la suite d’une longue délibération entre eux, de la mi-mars à la fin juin, les compagnons décident de former un corps et de se donner un supérieur auquel ils obéiront. Ignace devient fondateur d’ordre. Il en sera élu préposé général le 8 avril 1541.

Le père

St IgnaceAvec ses compagnons, il commence, dès 1539, à esquisser les grandes lignes de cet ordre nouveau. On aboutit, de la sorte, à une première formule, le 3 septembre 1539, et à la Bulle Regimini militantis ecclesiae, du 27 septembre 1540, qui approuve la Compagnie de Jésus comme ordre religieux. Dès lors l’activité d’Ignace va être toute entière au service de la Compagnie naissante. Son principal travail à partir de 1539 sera la rédaction des Constitutions.

En 1551 commence la longue suite des maladies qui vont paralyser l’activité d’Ignace. Il mourra le 31 juillet 1556.

Ignace voulait aller en Afrique

Après un échange de correspondance avec l’empereur d’Éthiopie qui semblait désirer un patriarche nommé par Rome, le roi du Portugal, Jean III, demande à Ignace de lui désigner un de ses compagnons. Sachant que le pape Paul III était personnellement intéressé, Ignace accepte. Il ajoute que, s’il ne trouve personne, il est prêt à partir lui-même. Déjà plusieurs Compagnons étaient engagés, six en Afrique du Nord dès 1547 et deux au Grand Congo en 1552, mais leurs missions furent éphémères.

Ignace se doute que les renseignements que l’on possédait alors sur l’Éthiopie étaient mêlés d’erreurs et de fables, mais la part de vérité lui paraît suffisante pour agir. Il en sait aussi le danger. Mais dût la mort s’en suivre, un sondage lui montre que tous les siens sont d’accord.

En 1554, onze jésuites, munis de ses instructions les plus précises et les plus respectueuses pour l’Éthiopie, se mettent en route. Ils ont à leur tête un patriarche, le P. Nuñez, et deux évêques auxiliaires. Ignace n’a plus que deux ans à vivre mais son enthousiasme est tel qu’il s’offre lui-même pour fonder la mission d’Afrique. Le P. Oviedo adjoint du patriarche entre le premier en Éthiopie avec cinq jésuites. A la nouvelle que le Portugal et Rome renoncent à l’affaire, Oviedo préfère mourir sur place, et ses compagnons aussi.

Cinquante ans plus tard une seconde tentative commença par un succès incroyable. Le P. Paëz réussit à convertir le roi Za-Dengel, puis son successeur Sisinnios (ou Susneos) qui, le 2 février 1626, devant le P. Mendez devenu patriarche, fit solennellement profession de foi catholique. Une guerre civile s’en suivit. Le roi finit par abdiquer. Son fils s’empressa de chasser les jésuites.

La mission d’Éthiopie, que saint Ignace avait tant aimée, ne fut reprise qu’au XIXème siècle par les capucins et les lazaristes.

C’est en 1946 que les premiers jésuites arrivent dans le territoire qui sera plus tard la province de l’Afrique occidentale. Ils font leur entrée par le Tchad pour y commencer une mission d’évangélisation. Ils fondèrent deux diocèses où ils donnèrent naissance à une église tchadienne. Cette mission au Tchad se poursuit aujourd’hui à travers de multiples engagements apostoliques. Ces engagements pris dans le passé l’ont été à la suite d’un discernement et d’une lecture des signes des temps.
En 1957, l’Eglise de Douala lançait un appel à la Compagnie pour prendre en charge une œuvre d’éducation de la jeunesse. Après discernement, la Compagnie estima qu’elle pouvait répondre positivement à cet appel. Elle s’engagea résolument au Collège Libermann à Douala, succédant ainsi aux Pères Spiritains qui avaient fondé cette institution. Dans la suite, d’autres œuvres virent le jour à partir de cette présence initiale de la Compagnie au Cameroun.

En 1962, les évêques d’Afrique de l’Ouest demandaient à la Compagnie de les aider à répondre aux problèmes sociaux des républiques africaines qui accédaient à l’indépendance. A l’écoute de l’Esprit, la Compagnie décida alors de fonder l’Institut Africain pour le Développement Economique et Social (INADES) qui s’est intéressé au milieu rural d’une manière toute spéciale. L’attention au phénomène de l’urbanisation croissante conduisit ensuite les compagnons à s’investir dans l’animation urbaine.

Le 31 juillet 1973, la Vice-Province d’Afrique de l’Ouest est créée. En septembre de la même année, une équipe de six jésuites canadiens arrive au Sénégal pour prendre en charge le Collège Saint Charles Lwanga dans le diocèse de Zinguinchor. Ils y resteront jusqu’en 1983 avant de s’installer à Tambacounda.

En 1974, la Compagnie répondra à l’appel de l’Eglise de Haute-Volta (Burkina Faso) où les jésuites s’installent à Ouagadougou. Ils interviennent dans l’enseignement et la pastorale du diocèse.

A Brazzaville au Congo une communauté se forme en 1976. Elle s’investit dans l’activité paroissiale, puis s’oriente vers le monde étudiant.

En 1985, la Compagnie s’établit au Bénin, assurant la responsabilité de la paroisse rurale de Sèhouè, avec pied-à-terre à Cotonou.

La Compagnie est présente à Bangui en RCA à partir de 1998. Depuis l’année 2003 elle dirige une aumônerie universitaire dans ce pays.

Au Togo, une communauté de deux pères s’est installée à Lomé, en 2001. Ils interviennent dans la pastorale des jeunes et dans la prévention contre le VIH/SIDA.

Pour plus de détails sur l’actualité de la présence jésuite dans les pays de la province où la Compagnie est présente, voir la rubrique « Pays de la PAO ».

Servir la mission du Christ aujourd’hui signifie prêter une attention spéciale au contexte mondial global. Ce contexte exige que les jésuites agissent comme corps universel pour une mission universelle, tout en tenant compte de la diversité radicale de leurs situations. C’est comme communauté mondiale – en même temps réseau de communautés locales – que les jésuites cherchent à servir les autres à travers le monde.

Les engagements des jésuites à travers le monde s’organisent essentiellement autour de cinq axes:

Notre engagement est pris en vue d’un service de la foi. Notre première mission est d’annoncer l’Évangile aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui de telle manière qu’ils puissent croire à la Bonne Nouvelle de Jésus Christ et, par là, trouver l’accomplissement de leur vie.
Notre engagement sert à la promotion de la justice. Ensemble et avec d’autres, nous nous engageons pour plus de justice dans le monde d’aujourd’hui. Notre vision de la justice est intimement liée à notre foi. Elle transcende toute notion de justice dérivée d’une idéologie, d’une philosophie ou de mouvements politiques particuliers, qui ne peuvent jamais exprimer de façon adéquate la justice du Royaume de Dieu. Notre attention et notre prédilection s’étendent tout particulièrement aux pauvres

En fondant la Compagnie de Jésus, Ignace de Loyola a conçu, pour la première fois dans l’histoire de la vie religieuse, un ordre purement apostolique. La différence avec les anciens ordres d’inspiration bénédictine, franciscaine ou dominicaine, qui ont accompli de grandes choses au service de l’Église, se situe au niveau de la nouveauté qu’Ignace introduit : le service apostolique qui est le but unique de l’ordre, et, logiquement, l’universalité du champ de travail et des méthodes apostoliques est érigé en principe.

Jusqu’alors, la vie religieuse s’inspirait du monachisme et en portait les signes distinctifs: le cloître, l’habit et surtout la prière du chœur comme centre et source de contemplation. Le service apostolique découlait de la contemplation : apporter aux autres le fruit de sa contemplation. Ignace rompt avec les formes de vie monastique pour privilégier la liberté du service apostolique.

Ignace ne fait pas que supprimer, il construit du nouveau. Au centre de la vie de l’Institut il met sa pédagogie pour chercher Dieu en toutes choses. C’est là que se trouve la spécificité de la Compagnie. Cette particularité est contenue dans les Exercices Spirituels.