“Au jeune qui veut devenir jésuite je dirais

Reste chez toi si cette idée te rend inquiet et nerveux ; ne viens pas chez nous à moins d’aimer l’Église comme une mère et non comme une belle-mère; ne viens pas si tu penses faire une faveur à la Compagnie,

mais viens si pour toi le service du Christ est au coeur de la vie ; viens si tu as le dos assez solide, l’esprit ouvert, des idées claires, un coeur plus grand que le monde, si tu sais plaisanter et rire avec les autres, et de toi-même à l’occasion.”

Pedro Arrupe, S.J.

“Les origines de ma vocation

Quand je pense à l’origine de mon appel à la vie religieuse, certaines réflexions s’offrent spontanément à mon esprit.

D’abord le rôle sans équivalent que la famille joue dans les vocations. Nul doute que ce qui est appris et assimilé au sein de la famille, à partir de l’exemple d’une mère et d’un père tels que les miens, constitue une expérience fondamentale, une base que rien ne saurait remplacer.

Un deuxième facteur dans la naissance et le développement des vocations est le contact personnel avec les réalités de la vie matérielle comme de la vie surnaturelle. Dans mon cas, le premier type de contact se fit à travers des Conférences de Saint-Vincent-de-Paul ; le second, lors de mes expériences auprès des malades, à Lourdes.”

Pedro Arrupe, S.J.
L’espérance ne trompe pas, Le Centurion, Paris, 1981, p.21

Renseignements :
Vous souhaitez devenir jésuite et ainsi postuler au noviciat, voici les différentes étapes :
Rechercher sur notre site, une communauté jésuite proche de votre lieu d’habitation et situé dans votre pays afin de mieux connaitre la Compagnie de Jésus et en parallèle, écrivez-nous pour prendre contact avec le chargé des candidature de votre pays, si ce n’est pas déjà indiquez dans l’article de présentation de la ou les communautés et oeuvres de votre pays.

Notre mail : communicationprovincepao@gmail.com
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Nous avons été appelés individuellement mais le Christ nous a rassemblés pour travailler ensemble dans sa vigne. Ce sens communautaire, nourri et consolidé par notre pratique des Exercices Spirituels, nous permet de nous sentir en union les uns avec les autres dans nos pays et activités. Ainsi, le jésuite n’est pas seul à s’engager envers le Seigneur ni à accueillir son appel à la mission. Il rejoint un groupe missionnaire, une communauté, un corps.

Le jeune jésuite apprend à faire partie d’une communauté, à situer son travail, ses études, ses engagements apostoliques, dans un ensemble qui le dépasse et dont l’obéissance en même temps que l’ensemble des rapports fraternels assurent la cohésion et la croissance.

La Compagnie de Jésus est une communauté missionnaire : elle ne se définit pas par la stabilité d’un groupe situé à un endroit, centre rayonnant de prière et d’accueil évangélique; elle n’est pas, comme la communauté monastique, rassemblée de façon permanente autour d’un abbé, père ou aîné, pour signifier l’engagement mutuel jusqu’à la mort de frères que Dieu a mis ensemble. Ou plutôt, si notre vie inclut un tel engagement mutuel sans retour possible, cela est vrai d’abord de la communauté globale du corps de la Compagnie, qui évidement ne vit pas comme tel rassemblé en un même lieu. La communauté des compagnons de Jésus est une « communauté pour la dispersion». Elle est une communauté d’amis dans le Seigneur. Si elle trouve son centre propre dans la mission, c’est de la vérité avec laquelle chacun assume la mission confiée qu’elle reçoit aussi sa cohésion.

Il faut, pour vivre en communauté, développer en soi une capacité d’attachement fraternel, d’écoute, de respect de l’autre, de franchise et de vérité dans les rapports, d’attention, d’amitié, de compréhension, de bienveillance et de miséricorde. Il faut être capable d’entrer avec ses frères dans une prière commune, dans un échange sur la vie et l’apostolat, dans une réflexion, une recherche, un discernement, qui soient au bénéfice de tous. Il faut pour cela pouvoir faire taire en soi l’égocentrisme, l’individualisme ou la tentation de l’isolement; il faut pouvoir dépasser l’esprit partisan ou fermé… Mais toutes ces conditions essentielles de la vie fraternelle sont encore insuffisantes pour une communauté apostolique telle que veut l’être la Compagnie de Jésus.

Après m’être attaché profondément à mes frères, je dois être prêt aussi, dès demain, si cela m’est demandé, à me rendre ailleurs, pour former avec d’autres une communauté nouvelle, pour reprendre avec le même élan et les mêmes exigences la voie de la construction communautaire sur des bases et dans un environnement qui peuvent être tout nouveaux. Tel est le prix à payer pour la mobilité apostolique, pour la liberté de l’engagement missionnaire. Comment conjuguer ensemble ces deux requêtes tout aussi essentielles : être prêt à la dispersion, croire à la communion des frères? Toutes deux cependant définissent en profondeur la qualité et la vérité de la vie des compagnons de Jésus. En somme, la dimension communautaire de notre mission n’est pas acquise une fois pour toutes mais elle demande un effort pour la renouveler et la consolider constamment.

Le frère jésuite est un homme qui a entendu l’appel du Père à devenir “compagnon de Jésus”. Par ses vœux il consacre sa vie à aider à la mission commune du corps apostolique de la Compagnie de Jésus: “le service de la foi dont la promotion de la justice constitue une exigence absolue”(32e CG, d. 4, n. 2.).

En effet, depuis sa conversion, St Ignace s’est senti appelé, ainsi que ses premiers compagnons, à « aider les âmes » et à se consacrer totalement au service de Notre Créateur et Seigneur et de son Eglise sous le « Pontife Romain, Vicaire du Christ sur la terre » (Formule de l’Institut, n. 1). Cet appel s’est traduit par la fondation de la Compagnie de Jésus, qui est un ordre religieux sacerdotal et qui a pour mission de servir le Seigneur et son Eglise. Cette mission est universelle et implique aussi bien une mobilité apostolique qu’une pluralité de ministères pastoraux.

La réalisation de cette mission exige que les premiers compagnons soient aidés. De ce fait, St Ignace eut l’intuition d’accueillir dans le corps apostolique de la Compagnie des prêtres et des frères partageant une vocation commune et travaillant, chacun selon ses dons et talents, au succès de la mission. Dans le jargon de la Compagnie, les compagnons qui aident à cette mission sont désignés par le mot « coadjuteur » et ils sont de deux catégories : coadjuteur temporel (Frère) et coadjuteur spirituel (prêtre qui n’est pas profès).

Nous touchons ici au cœur de notre identité, de ce dont doit témoigner notre existence de compagnons de Jésus, l’Homme authentiquement disponible. Tel est précisément le trait qui impressionne saint Ignace comme signe distinctif du Fils, et du jésuite qui croit au Fils et est destiné à reproduire son image aujourd’hui.

C’est seulement par cette disponibilité radicale que chacun de nous peut donner le témoignage vivant de sa condition d’« envoyé », qui assure de façon permanente l’unité de sa personne et son identité apostolique de chaque moment. C’est donc à très juste titre que la spiritualité d’Ignace et de la Compagnie vise cet objectif central : créer l’homme disponible, le véritable « homme nouveau ».

Voici en effet l’homme que forment les Exercices, l’idéal du jésuite esquissé par saint Ignace dans les Constitutions : un homme profondément libre, dont l’abnégation et la mortification tendent « à une plus sûre direction du Saint-Esprit » ; un « ins­trument » disponible entre les mains du Seigneur, d’autant plus efficace qu’il est plus disponible. Et c’est par l’acceptation des médiations dans l’Eglise – « le Vicaire du Christ » – et dans la Compagnie – le Supérieur « qui tient la place du Christ Notre-Seigneur » -, que la disponibilité à l’égard du vrai chef, le Seigneur, devient pour nous, aux yeux de saint Ignace, concrète et réelle. Cela, loin de supposer une attitude passive, exige au con­traire une participation active et responsable tant de celui qui donne la mission que de celui qui la reçoit.

Pedro Arrupe, Ecrits pour Evangéliser, DDB, Bellarmin, 1985, p. 370.