Initialement fixée au 1er septembre 2026 comme date de rentrée et de déménagement de la communauté saint Alberto Hurtado au scolasticat saint Jean Berchmans, Centre Jésuite Engelbert Mveng, ce sera finalement le lundi 14 septembre 2026 que cela s’est réalisé.
Deux patronages veillent désormais sur Leboudi. Le premier est celui de saint Jean Berchmans (1599-1621), jeune scolastique jésuite flamand mort à Rome à vingt-deux ans, que la Compagnie de Jésus propose comme saint patron et modèle à ses étudiants. Le second est celui de feu révérend Père Engelbert Mveng (1930-1995), jésuite camerounais, féru d’histoire, théologien et artiste, assassiné à NKOL-AFEME dans l’archidiocèse de Yaoundé dans la nuit du 22 au 23 avril 1995. L’un fit de la fidélité aux gestes les plus ordinaires le tout de sa sainteté ; l’autre mit sa pensée et son art au service du destin de l’Afrique. Rien, en ce rapprochement, ne relève du hasard.
Le 14 septembre, jour effectif du déménagement, il a fallu environ une heure de trajet pour atteindre le site de la nouvelle communauté à Leboudi. Nul ne se doute encore de ce que cette première journée réserve. A notre arrivée sur le nouveau site, chacun récupéra ses valises et gagna sa chambre. Peu après, nous sommes conviés à remettre de l’ordre dans la bibliothèque, dont les ouvrages gisent encore épars.
A 11h45, la communauté célèbre sa première messe à Leboudi. Le P. Joachim Zoundi, supérieur de la nouvelle communauté, préside l’office. La solennité du jour lui fournit son thème. Dans son homélie, il exhorte les compagnons à porter leur croix et à se soutenir mutuellement. Il les prévient : « […] à Leboudi, le lait et le miel ne couleront pas toujours. » Jean Berchmans, dit-on, aurait condensé cette sagesse en une formule : Vita communis, maxima mea poenitentia.[ La vie en communauté, ma plus grande pénitence.] La liesse, néanmoins, l’emporte. Les visages s’illuminent. La terre promise est atteinte, et les compagnons, venus de différentes Provinces d’Afrique, se retrouvent enfin. Les pères procèdent ensuite à la bénédiction des lieux. A 13h, le premier repas communautaire est pris dans une atmosphère d’action de grâce. La ferveur de la messe ne s’est point dissipée.
A 15h30, après un temps de repos, se tient une conférence animée par le supérieur, à laquelle tous sont présents. Il y expose La manière de procéder au nouveau scolasticat de Leboudi. Le P. Zoundi y énonce un principe qui surprend : « La loi n’est que le minimum requis. » Au-delà de la loi, il en appelle au magis, ce « davantage » ignatien que doit jaillir de la charité intérieure. Il rappelle que les membres de la communauté sont tous des pionniers et qu’il incombe à tous et à chacun, dès lors, de rendre le lieu habitable et agréable à vivre, grâce à un engagement généreux et sans faille. Il cite alors la vision du scolasticat proposée dans la ‘Manière de procéder’ par le père Jean-Luc Eyenge sj, provincial et maître des lieux. Le Provincial, paraphrasant le discours du pape Léon XIV prononcé lors de sa visite à l’UCAC, dépeint Leboudi comme un laboratoire de la société, où l’unité se vit dans la multiplicité et où la transcendance dialogue avec le social, en vue de l’épanouissement de l’Afrique et de l’émancipation du Muntu. Une telle intuition rejoint la pensée profonde de Mveng, pour qui l’Afrique pâtit d’un appauvrissement anthropologique, tout en l’ouvrant à l’espérance d’un continent qui prend finalement son destin en main. C’est donc à dessein, que désormais le Centre jésuite porte le nom Mveng. La conférence achevée, les compagnons regagnent leurs chambres et poursuivent l’aménagement de leurs espaces personnels.
A 19h15, les vêpres solennelles rassemblent la communauté. Le liturgiste du jour a choisi des mélodies propres à soutenir la prière. Le dîner suit immédiatement. Après une vaisselle assurée en commun, le P. Zoundi invite chaque équipe de vie à se réunir pour désigner ses responsables. Les réunions closes, chacun regagne sa chambre. Ainsi s’achève la première journée à Leboudi, au scolasticat. Reste à savoir ce que produira ce laboratoire. Pour sûr nous avons bâti avec le Seigneur en sachant que c’est lui qui est avant tout le véritable maître des lieux, qu’il nous soit propice à Leboudi.
Cette institution est un centre universitaire et un scolasticat. Un centre qui a pour vocation d’animer la réflexion et de rechercher le développement de l’Afrique en restant en lien avec les autres centres universitaires de la province. Un scolasticat, parce qu’en un premier moment, les pensionnaires sont principalement des scolastiques venant de plusieurs provinces et allant dans plusieurs universités de la ville de Yaoundé et que les maisons de formation jésuites doivent mettre en relief leur caractère religieux.
La maison comprend des scolastiques qui étudient la philosophie, le droit, les sciences sociales, l’histoire et enfin la psychologie et les sciences infirmières. Le défi est alors que tous puissent vivre en harmonie malgré cette grande diversité d’orientation, dans un esprit jésuite tel que le voulait saint Ignace de Loyola ; étudier excellemment en vue d’acquérir de vraies compétences pour la mission du salut des âmes, en étant attentifs au cris de l’Afrique dans un monde en évolution rapide.
Ganhoui Joseph sj et Joachim Zoundi sj
(à Yaoundé)
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