Notre Fondateur

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Le gentilhomme

Iñigo Lopez de Loyola, qui adoptera le prénom d’Ignace, est le fondateur de la Compagnie de Jésus. Il est né en 1491 au pays basque, treizième et dernier enfant d’une famille noble, aux traditions chrétiennes vivantes.

L’Espagne de ce temps est en plein élan de reconquête sur les Maures et vers les grandes découvertes maritimes. C’est donc un chevalier, épris de prouesses galantes, d’honneur et d’héroïsme, qui grandit en cet univers de l’ordre médiéval.

Lorsque l’armée française marche sur la Navarre, seule Pampelune résiste désespérément. Le lundi de Pentecôte, 20 mai 1521, l’artillerie française bombarde la citadelle. Un boulet atteint Iñigo, qui s’écroule, une jambe broyée et l’autre blessée. Sa chute brise la résistance des défenseurs. Les vainqueurs transportent le blessé au château paternel. Sa jambe s’étant mal ressoudée, deux nouvelles opérations seront nécessaires. Dans la nuit du 28 au 29 juin, veille de saint Pierre, il se trouve à l’article de la mort. Mais il s’en sortira ; il attribuera à saint Pierre sa guérison.

Le pèlerin

Durant sa convalescence une évolution intérieure va conduire à sa conversation. Pour se distraire il demande des romans de chevalerie. Mais dans la bibliothèque du château il n’y avait que deux ouvrages de piété : une histoire des saints, La légende Dorée, du dominicain Jacques de Voragine, et la Vie de Jésus-Christ du chartreux Ludolphe de Saxe.

C’est la lecture de ces livres et ses propres réflexions qui conduiront Iñigo à réviser son premier idéal de vie. Les saints lui font découvrir un nouveau style de chevalerie spirituelle. L’histoire de Dominique, de François d’Assise et celle de l’anachorète Onuphre l’impressionnent. Il transcrit dans un gros volume, les paroles et les actions du Christ et de la Vierge.

Durant ces semaines, stimulé par la lecture de Ludolphe, Iñigo fait sa première expérience de discernement des esprits. A l’exemple des saints, pour faire pénitence de ses péchés, il se propose d’entreprendre des choses ardues et difficiles. Puis il conçoit le projet de partir pour la Terre Sainte, comme pèlerin, et d’y finir ses jours.

En février 1522, il quitte Loyola en habit de chevalier. Le pèlerinage commence. A l’abbaye bénédictine de Montserrat, il prépare durant trois jours une confession générale pour remettre sa vie de péché à la miséricorde de Dieu. Le 25 mars, au cours d’une veillée d’armes, il se consacre au service du Christ, son nouveau roi, par la médiation de Marie, sa nouvelle dame. Il s’arrête à Manrèse où il vit une aventure spirituelle riche et décisive. Quand il quitte Manrèse, l’essentiel des Exercices spirituels aura pris corps.

En février 1523 commence le pèlerinage en Terre Sainte. Il durera une année entière. Le 4 septembre il est à Jérusalem. Mais, le 22 septembre il en est expulsé par le provincial des franciscains.

Revenu à Barcelone, en février 1524, Ignace décide de donner à sa vie une orientation nouvelle. A 33 ans il va entreprendre le long cycle des études qui le conduira au sacerdoce. Venu à Alcala en 1526 pour commencer le cours des Arts, il recrute ses premiers compagnons et suscite aussi les soupçons de l’inquisition. En septembre il quitte l’Espagne et se rend seul à Paris. Il ne se contente pas d’obtenir sa maîtrise ès Art. Il rassemble de nouveaux compagnons. Plusieurs ne le suivront pas, mais d’autres deviendront le premier noyau de la Compagnie, Pierre Favre et François Xavier d’abord. Ils seront sept, le 15 août 1534, à monter à Montmartre. Là ils renouvellent ou font le voeu de chasteté, de pauvreté; en outre ils s’engagent à aller à Jérusalem une fois leurs études terminées. Mais si, pour quelques raisons, ce projet ne peut se réaliser, après un an d’attente, ils s’en remettront au Pape, “vicaire du Christ en terre”, pour fixer les formes et les lieux de leur ministère.

En avril suivant, Ignace, malade, repart vers sa terre natale. Le rendez-vous avec les compagnons est fixé à Venise. Ils s’y retrouveront à dix en janvier 1537. Une délégation part pour Rome; elle obtient du Pape l’autorisation du pèlerinage de Jérusalem. Le Pape leur accorde aussi les plus larges facultés pour le ministère de ceux qui sont déjà prêtres et pour l’ordination des autres, dans les conditions les plus favorables. Cette ordination aura lieu à Venise, le 24 juin 1537. Mais les compagnons décident, unanimement, qu’avant de célébrer leur première messe, ils iront s’y préparer durant trois mois, en menant la vie contemplative et en faisant pénitence.

C’est alors qu’Ignace, avec Favre et Lainez, s’installe, aux portes de Vicence, dans le vieux couvent abandonné de Saint-Pierre in Vivarolo. Il y revivra les expériences de Manrèse. Après cette période, ne voyant pas de possibilité immédiate pour le voyage en Terre Sainte, les compagnons décident de se disperser à nouveau pour reprendre leur vie apostolique dans les villes universitaires de haute et de moyenne Italie. C’est alors qu’avec Favre et Lainez, Ignace part pour Rome. Vers le 15 novembre 1537, au hameau de la Storta, Ignace, à la suite d’une vision éprouve, comme autrefois à Manrèse, une transformation profonde.

Il arrive à Rome en décembre 1537. Désormais, il ne quittera pratiquement plus la ville. Il s’y adonne d’abord, comme tous ses compagnons, à tous les ministères possibles de charité corporelle et spirituelle. Surtout, il donne les Exercices. Les calomnies, à nouveau, s’abattent sur lui. Il tient désormais à faire reconnaître publiquement la rectitude de son sens de l’Eglise aussi bien dans sa pratique que dans ses écrits. Cela permet aux compagnons de faire la démarche dont ils rêvaient depuis Paris, puisque le voyage à Jérusalem s’avère impossible. En novembre 1538 ils s’offrent au Pape Paul III. Ce dernier leur confie la première mission de la Compagnie: enseigner le catéchisme aux enfants des écoles de Rome. Pour Ignace, l’année se termine par la célébration de sa première messe, la nuit de Noël, à l’autel de la Nativité de la basilique Sainte-Marie-Majeure. En 1539 un tournant décisif va s’opérer. Il y a eu, jusqu’ici, un groupe de compagnons; la Compagnie de Jésus va naître, alors que, jusqu’à cette date, jamais les compagnons n’avaient formé le projet de fonder un nouvel ordre religieux. Mais, à la suite d’une longue délibération entre eux, de la mi-mars à la fin juin, les compagnons décident de former un corps et de se donner un supérieur auquel ils obéiront. Ignace devient fondateur d’ordre. Il en sera élu préposé général le 8 avril 1541.

Le père

St IgnaceAvec ses compagnons, il commence, dès 1539, à esquisser les grandes lignes de cet ordre nouveau. On aboutit, de la sorte, à une première formule, le 3 septembre 1539, et à la Bulle Regimini militantis ecclesiae, du 27 septembre 1540, qui approuve la Compagnie de Jésus comme ordre religieux. Dès lors l’activité d’Ignace va être toute entière au service de la Compagnie naissante. Son principal travail à partir de 1539 sera la rédaction des Constitutions.

En 1551 commence la longue suite des maladies qui vont paralyser l’activité d’Ignace. Il mourra le 31 juillet 1556.

Ignace voulait aller en Afrique

Après un échange de correspondance avec l’empereur d’Éthiopie qui semblait désirer un patriarche nommé par Rome, le roi du Portugal, Jean III, demande à Ignace de lui désigner un de ses compagnons. Sachant que le pape Paul III était personnellement intéressé, Ignace accepte. Il ajoute que, s’il ne trouve personne, il est prêt à partir lui-même. Déjà plusieurs Compagnons étaient engagés, six en Afrique du Nord dès 1547 et deux au Grand Congo en 1552, mais leurs missions furent éphémères.

Ignace se doute que les renseignements que l’on possédait alors sur l’Éthiopie étaient mêlés d’erreurs et de fables, mais la part de vérité lui paraît suffisante pour agir. Il en sait aussi le danger. Mais dût la mort s’en suivre, un sondage lui montre que tous les siens sont d’accord.

En 1554, onze jésuites, munis de ses instructions les plus précises et les plus respectueuses pour l’Éthiopie, se mettent en route. Ils ont à leur tête un patriarche, le P. Nuñez, et deux évêques auxiliaires. Ignace n’a plus que deux ans à vivre mais son enthousiasme est tel qu’il s’offre lui-même pour fonder la mission d’Afrique. Le P. Oviedo adjoint du patriarche entre le premier en Éthiopie avec cinq jésuites. A la nouvelle que le Portugal et Rome renoncent à l’affaire, Oviedo préfère mourir sur place, et ses compagnons aussi.

Cinquante ans plus tard une seconde tentative commença par un succès incroyable. Le P. Paëz réussit à convertir le roi Za-Dengel, puis son successeur Sisinnios (ou Susneos) qui, le 2 février 1626, devant le P. Mendez devenu patriarche, fit solennellement profession de foi catholique. Une guerre civile s’en suivit. Le roi finit par abdiquer. Son fils s’empressa de chasser les jésuites.

La mission d’Éthiopie, que saint Ignace avait tant aimée, ne fut reprise qu’au XIXème siècle par les capucins et les lazaristes.