MEDITATION DU TROISIEME DIMANCHE DE CAREME ANNEE C (2019)

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Balwiramwami Choukran CHIZA , SJ., nous introduit à la Méditation avec les Lectures du Troisième Dimanche de Carême (Année C) : Ex 3,1-8a.10.13-15 ; Ps  102 (103) ; 1Co 10,1-6.10-12 ; Lc 13,1-9

Pèlerins de Dieu dans des desseins qui nous dépassent…

Les textes de ce troisième dimanche de carême nous tracent une perspective : pour s’approcher de Dieu, il faut marcher dans son amitié, avec un cœur qui prie et qui patiente. Une invitation à imiter Dieu à travers le Christ.

  • Sortir de l’errance et devenir pèlerin de Dieu

Les juifs n’en finissent pas d’être crucifiés par un monde qu’ils cherchent à comprendre et qu’ils ne maîtrisent guère. Ils se sont confiés à Dieu. Ils lui ont érigé un splendide temple… Ils Lui ont avancé leurs prières et Lui s’est tu. Les descendants du patriarche Jacob demeurent quatre cents ans dans le royaume égyptien. Ils y mènent une vie d’esclaves, sous la férule de Pharaon, qui les utilise comme main-d’œuvre pour construire ses villes-entrepôts de Ramsès et Pithom. Mais où était Dieu lorsque son peuple subissait un châtiment par le simple fait de croître en nombre ? (Ex. 1, 12) Ce Dieu qui pourtant, depuis Eden, légiférait le droit de se ‘multiplier’ (Gn 1, 28) ? Où était ce Dieu lorsque la verge déchirait la chair de l’homme, celui qu’il avait tant aimé depuis la première aube du monde ? Dieu était toujours présent. Il contemplait l’homme qui, au nom d’une prétendue liberté, levait la main contre son semblable. L’homme qui se refusait d’admirer en l’autre l’image du Créateur. L’homme qui compte les vies et pense qu’il a les droits sur les autres (1 Ch. 21) au lieu de compter ses jours pour appliquer son cœur à la sagesse (Ps 90, 12).

Dieu demande à l’homme de faire mémoire de son alliance à jamais. Se souvenir, marcher avec un but, être donc pèlerin. Le nom de Dieu est Eternel : « Je suis celui qui suis » (Ex. 3, 14) ; un nom qui renferme tous les attributs d’être, aussi bien dans la matérialité que dans l’intelligibilité. Pendant que l’insensé déclare qu’il n’y a pas de Dieu, le pèlerin marche vers une voix. Il est en mouvement. Dieu le grandit. En lui, ce qui change, ce n’est pas le mouvement en tant que tel mais la raison du mouvement. Jadis il errait sans destination. Avec la conscience de Dieu, il chemine vers un sens. L’existence reprend sa raison première : elle se meut à la recherche de Dieu. C’est là qu’il peut écouter la parole de Dieu. Il n’oublie aucun des bienfaits de Dieu (Ps 102). Bien au contraire, il médite la loi du Seigneur jour et nuit (Ps 3). La loi du seigneur, c’est la miséricorde. « Il couronne l’homme d’amour et de tendresse ».

Quand le corps faiblit, quand nous manque l’appui d’un milieu plus fraternel, plus familier, quand nous est refusé le secours humainement si nécessaire d’une confiance en nous qui nous aide à vivre, il est bien naturel que nous nous sentions émus, secoués, désorientés. Mais ces émotions qui ébranlent la surface de l’âme et que Dieu ne peut pas nous épargner – notre espérance doit apprendre à s’en passer –, ces émotions ne peuvent pas nous inquiéter, pourvu que le mal n’aille pas plus avant. Le vrai danger commence quand la prière baisse ou s’éteint : tant qu’on prie, l’espérance est vivante et les épreuves superficielles, loin de la diminuer, l’accroissent, du moment qu’elles engendrent la prière.   Cessons donc de trop récriminer, de nous plaindre, d’être grincheux. Transformons nos plaintes en prières confiantes.

  • Transformer nos plaintes en prières

Dieu opère dans le clair-obscur. Il met de l’ordre là où le mal sème le chaos. Dieu tient toujours sa promesse. Abraham n’a pas désespéré. Même pendant sa vieillesse, il a eu un fils. Joseph n’a pas désespérée. Dans les chaînes de pharaon, sur une terre étrangère, il s’est ouvert à la grâce pour finalement nourrir son peuple. Ces mystères, misent ensemble, ont fait jubiler Siméon. Il ne pouvait que bénir Dieu et fredonner dans la mélodie de Zacharie « Dieu a fait surgir la force qui nous sauve… » Oui, Dieu s’est toujours souvenu de son alliance. Constamment, il invite l’homme à la repentance : « Choisis donc la vie » (Dt. 30, 19) … Sa miséricorde est sans limite et sa fidélité demeure d’âge en âge. Il inspire des hommes à quitter leurs conforts, à cultiver la différence, à rechercher un endroit désert pour communiquer son amour, … C’est lui qui déclare : « Quand Israël était jeune, je l’aimais. Je l’appelai mon fils hors d’Egypte… » (Osée 11,1). Dieu brûle du désir que nous fassions un détour. Comme Moise dont l’Esprit de Dieu conduit dans le désert, il veut nous enseigner. Il veut qu’avec nos sandales, nos limites… nos scandales, nos hontes…nous nous avancions pour les ôter devant lui qui nous connait plus que nous ne l’osons imaginer. Il voit encore la misère de son peuple dans toutes structures. Il entend les murmures des pauvres que nous ignorons et que des fois nous étouffons. Il souffre des coups malveillants que nous infligeons aux autres par la rigidité de nos lois. Des coups bas, dans l’exercice de nos pouvoirs. Nos ruses et fourberies pour être bien appréciés. Nos manques de transparence et de fidélité…Dieu en souffre. Il a toujours fait œuvre de justice, il a toujours défendu le droit des opprimés. Il a protégé les Israélites sous la nuée lorsqu’ils traversaient la mer. Il les a nourris d’un pain venant du ciel, les abreuvant à un rocher qu’est le Christ, source d’eau vive et donc de vie éternelle. (1 cor 10).

A nous d’apprendre à ne pas nous plaindre. Garder le souvenir de Dieu veut dire garder une pensée positive. Etre reconnaissant. Regarder le monde avec optimisme. Le porter avec son mal. Ne prenons pas pour des signes graves les défaillances superficielles. Ne dramatisons rien. Un échafaudage peut tomber, et la maison rester debout. Disons même que les échafaudages doivent tomber à mesure que la maison se construit et peut tenir toute seule. Vivons l’aujourd’hui de Dieu. Prions sans cesse…restons vigilant pour accueillir la bonté du Maître de la vigne.

  • Se repentir, imiter la patience de Dieu

Le silence de Dieu est un temps de grâce. Il prépare d’avènement des grandes apparitions. « La parole est du temps, le silence est de l’éternité, disait un penseur. La pensée ne travaille qu’en silence ; la vertu n’agit qu’en secret. » Comme dans l’Apocalypse (8,1) le silence inspire la prière. Dieu prie l’homme. Il prie l’humanité de sortir de l’errance pour amorcer un pèlerinage. Il prit l’homme de l’imiter. L’humanité est en mouvement. Le carême le souligne avec ses marques de noblesses : l’humanité aspire de toutes ses forces à parvenir au jour du Seigneur. Elle attend son Sabbat, ce jour où le grand shalom se proclamera aux quatre coins de l’univers.

Dieu nous rencontre dans nos déserts. Son feu souffle avec le vent du désert. Ce vent soulève du de la poussière qui dérange notre marche. Son feu n’est pas nocif. Il est tout amour. Il éclair et purifie. Il ne consume pas. C’est un feu créateur qui tout entretien, qui fertilise. Et nous, nous restons des buissons lorsque nous ne fournissons aucun effort pour ressembler à Dieu. Il rêve que nous devenions des vignes productives.

Dieu est le Maître de la vigne. Depuis toujours, Il a aimé cette vigne, celle qu’a plantée sa main puissante. (Ps 74, 4) Pour que la fleur soit vivace et belle, il soigne ses racines et taille son feuillage. Par moment, Il se révèle rigide pour la grandir. Nous autres hommes, nous épuisons le sol sans porter du fruit. Le temps de Dieu est aussi celui de la longue attente et de la lente patience : « lent à la colère et plein de bonté ». Il mendie notre amour et négocie avec nous (Gn 18, 16-33). Aux yeux de Dieu tout homme est précieux. Il ne veut en perdre aucun. L’homme est une fleur fragile entre ses mains. Son fils Jésus est le vigneron. Le grand prêtre qui intercède pour le monde, garant de la nouvelle alliance (Hb 7, 22.25-28). Avec tout bénéfice du doute, il s’inscrit dans une logique du « peut-être ». Il bêche tout autour de la vigne. Il espère et attend que nous n’aimions et ne désirions que ce que Dieu aime et désire : la miséricorde et non les sacrifices (Mt 9,13). Là où la justice des hommes s’efface, Dieu plante sa miséricorde, cette sage justice faite d’amour pour le bonheur de l’homme. Dieu est patience. Là où les hommes consument la terre, Il se réjouit des efforts du bon vigneron. Il espère la repentance qui ne commence que lorsque l’homme, dans le silence de son cœur, en arrive à mettre des noms sur ses défauts ainsi qu’à travailler authentiquement sur les fondations du royaume de Dieu.

Puisse Dieu montrer à toutes celles et tous ceux qui vivent dans son amitié que là est le meilleur signe de sa Présence au milieu d’eux, et que chacun peut y trouver la confiance d’être exaucée, selon la promesse de Dieu. Pèlerins de Dieu, dans des desseins qui nous dépassent, marchons encore !

Balwiramwami Choukran CHIZA , SJ

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