MEDITATION DU PREMIER DIMANCHE DE CAREME ANNEE C (2019)

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Le diacre Fabrice KAMENI, SJ., nous introduit à la Méditation avec les Lectures du Premier Dimanche de Carême Année C : Deutéronome 26,4-10 / Psaume 90(91) / Romains 10,8-13 / Luc 4,1-13 

Quelle est votre option fondamentale ? Cette option est-elle non négociable ?

Les textes de ce Dimanche, nous donne quelques pistes de réponse:

Dans la première lecture, on voit déjà une vraie profession de Foi « tu présenteras les prémices de tes récoltes et tu prononceras ces paroles ». Suit alors tout un discours sur l’œuvre de Dieu.

  • Le sens de l’offrande nous rappelle que tout vient de Dieu
  • On y voit le credo du peuple d’Israël, pour nous rappeler tous les bienfaits du Seigneur.

Dans l’épreuve du désert, le peuple avait pourtant compris que sa survie dépendait de Dieu, mais une fois en Terre Promise, le risque de l’oublier est devenu très grand. – le peuple d’Israël était confronté à d’autres divinités comme Baal. Le message des prophètes au long des siècles a été de rappeler que c’est le Dieu de Moïse qui est l’Unique car c’est lui qui délivrera son peuple d’Egypte. Rappelez-vous des bienfaits du Seigneur. En relisant notre propre histoire, il nous sera évident de reconnaitre la présence de Dieu dans nos vies. C’est lui notre option fondamentale.

Le psaume 90, nous rappelle que cette option est un choix sûr. « Quand je me tiens sous l’abri du Très haut et repose à l’ombre du puissant – le malheur ne pourra me toucher ni le danger approcher de ma demeure ». Si nous nous attachons à lui, Il nous délivrera, Il sera avec nous dans l’épreuve. Cette épreuve, Jésus a bien voulu la vive en partageant avec nous notre humanité. Il s’est soumis à la tentation et à la mort par solidarité avec nous.

Il fut poussé par l’Esprit Saint.

Il est bon de rappeler que Jésus fût conduit au désert juste après son baptême. Dès le début de sa vie publique, Jésus marche déjà vers sa passion et sa résurrection. C’est là que tout ce qui suit acquiert son véritable sens. Il est tenté pendant 40 jours et 40 nuits au désert ; ce qui nous rappelle les 40 années passées au désert par le peuple d’Israël qui au milieu des tribulations a souvent douté ou a souvent négocié avec d’autres dieux. Jésus à travers ses tentations, qui résument la totalité de notre vie à sa suite, voudrait  nous montrer que notre choix fondamental repose sur Dieu et que ce choix est non négociable.

À la triple tentation, Jésus réplique par trois Paroles de Dieu qui sont, dans le Livre du Deutéronome, la leçon tirée par Yahvé des trois tentations auxquelles Israël succomba dans le désert: la faim, la mise à l’épreuve de Dieu lors du manque d’eau « Massa », et l’adoration du Veau d’Or (Ex. 16 Ex. 17 Ex. 32).

Première tentation : Ordonne à cette pierre de devenir du pain. Jean-Baptiste: “ De ces pierres, Dieu peut susciter des enfants à Abraham ” (Mt 3,9), et tout aussi facilement des pains. Le Diable dit donc vrai, en détournant seulement la vérité de son sens, comme toujours, comme en Gn 3, où son assurance – “ Vous ne mourrez pas ” (d’empoisonnement), “ Vous serez comme des dieux ” (cf. Jn 10,34, citant Ps 82,6)

Dieu peut faire et multiplier les miracles, Satan lui-même le proclame ici. Donc Jésus aussi, puisqu’il est le Fils de Dieu — et Il saura bien le montrer quand cela rentrera dans sa mission. Mais non pour son profit particulier, sinon Il cesserait par le fait même d’être « le Fils » qui rapporte tout à la volonté de son Père. On voit combien l’argument du Tentateur, juste en soi, est spécieux.

De quoi en effet se nourrit le “ Fils de Dieu ” ? Il le dira lui-même à ses Apôtres : “ Ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé, d’accomplir son œuvre ” (Jn 4,34).

Deuxième tentation: Comme dans la vie des saints, repoussé dans les deux premières tentations, plus spécieuses, Satan attaque de front, et jette son dernier atout: une alliance entre son Pouvoir et l’ambition humaine.

Sur un lieu élevée: Plus encore que Moïse, Jésus a reçu la Promesse “ des nations en héritage, et pour domaine, les extrémités de la terre ” (Ps 2,8), en suite de l’investiture baptismale : “ Tu es mon Fils ” (Ps 2,7). Mais comme Moïse au mont Nébo, Jésus doit d’abord mourir; et c’est cette mort même qui “ jettera dehors le Prince de ce monde ”, “ attirant tous les hommes à Lui”.

Le diable  Lui montra… en un éclair. Mais il y a, dans cette brièveté même, quelque chose de fulgurant. Elle m’a été livrée, et je la donne à qui je veux (Lc 4,6) : Cette fois encore, Satan dit vrai. Jésus ne niera point cette “ puissance de l’Ennemi ” (Lc 10,19), surtout à l’Heure qui est la sienne mais aussi de “ la puissance des Ténèbres ” (Lc 22,53). Mais la proposition n’en est pas moins fallacieuse, car “ Satan est déjà jugé, va être jeté dehors, et tomber comme un éclair ” (Jn 16,11 Jn 12,31 Lc 10,18). Toutefois, son emprise demeure, tant que nous en faisons “ le dieu de ce monde ” (2Co 4,4).

Troisième tentation : “ Si tu es Fils de Dieu ”, montre-le ! Satan va lui servir le Ps 90.

Psaume par excellence de la confiance, choisi par l’Église pour les refrains liturgiques du Carême. Les versets 11-12 sont évidemment une image; mais le Démon affecte de la prendre dans sa littéralité matérielle. Mc 1,13b  montre en quel sens les anges servent le Christ, et comment  « les bêtes »  perdent pour lui leur venin. Ici encore, l’allégation du Diable n’est pas fausse, mais faussée.

Rappelons-nous, à Massa, la faute d’Israël fut de “ tenter Yahvé en disant: « Yahvé est-il avec nous, oui ou non »” exigeant ainsi de Lui qu’il se manifeste par un miracle (l’eau jaillie du Rocher — Ex 17,7). Même Moïse eut alors un doute (Nb 20,10-12). Et il en tira la leçon du Dt 6,16, que cite le Nouveau Moïse.

Ayant épuisé toute tentation : Luc semble en effet bien dire par là que d’ailleurs, il n’y a pas tant de types fondamentaux de tentations. Aussi ne faut-il pas s’étonner de ce que la Tradition ait mis en parallèle cette triple tentation avec la triple convoitise dénoncée par saint Jean (1Jn 2,16) : celle de la chair (les pains), celle de l’orgueil (la Volonté de Puissance), et celle des yeux (en s’appuyant non sur la foi mais sur le miracle). Comme par hasard, cette triple et fatale déviation est déjà celle du Péché Originel: “ Le fruit de l’arbre était bon à manger, désirable pour avoir l’Intelligence (du Bien et du Mal, donc tout dominer), et agréable à voir ”.

Fabrice KAMENI, SJ

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