Homélie du Troisième Dimanche du Temps de Carême 2017

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Textes bibliques : Exode 17, 3 – 7 ; Ps 95, 1-2.6, 7, 9 (R. 7d, 8a) ; Rom. 5 : 1-2. 5-8 ; Jn 4, 5 – 42.

Thème principal : De même que l’eau, est la vie du corps, la voix de Dieu est la vie de l’âme.

 

En ce troisième Dimanche de Carême, le Seigneur nous invite à écouter sa voix au milieu des circonstances diverses de notre vie. Apprenons à nous tourner vers lui en tout.

La première lecture, en effet, se termine sur cette définition claire du péché que notre Seigneur Jésus Christ refusera de commettre lors de sa tentation au désert : « Jette-toi du haut du temple et ton Dieu te démontrera qu’il est avec toi pour te protéger de la chute. » En déclarant, « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu, » (Mt 4,7 ; Dt 6, 16), Jésus triomphait totalement là où Moïse, avant lui, avait quelque peu, écouté la voix qui donne l’eau de vie à tout le peuple assoiffé. Dieu seul pourra plus tard déplorer une imperfection intérieure chez Moïse (Dt 20, 12), mais aujourd’hui, il a écouté la voix de Dieu et il a pu donner vie à son peuple. « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur ! » Un seul qui écoute peut en sauver plusieurs.

Mettre à l’épreuve le Seigneur notre Dieu consiste donc à douter de sa présence au milieu de nous : « le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? » Voici donc un défi pour chacun de nous. Quel est mon rapport personnel au Dieu qui se communique constamment aux cœurs libres et aimants ? La Carême est un temps de renouvellement de la vie de prière. Saisissons cette opportunité pour aiguiser notre écoute attentive de sa parole. Ne fermons pas notre cœur, comme le dit l’Ecriture. Mais quelles sont donc ces réalités qui contribuent à la fermeture de nos cœurs ? L’expérience des Israelites au désert indique clairement la souffrance comme une cause principale (parmi d’autres) de la fermeture du cœur de l’homme à la voix du Dieu Sauveur. Ils ont eu soif, et dans cette situation de besoin ressenti, le peuple de Dieu a oublié son passé : la sortie miraculeuse d’Egypte. Aujourd’hui encore, nous oublions facilement les merveilles de Dieu chaque fois que nous rencontrons profondément notre indigence, nos besoins non assouvis, l’épreuve de la souffrance. C’est assez fascinant de constater que la même réalité nous frappe constamment : l’oubli des bienfaits de Dieu chaque fois que nous souffrons. En voulant rappeler au peuple son passé, Dieu demande à Moïse de reproduire le même signe effectué lors de la sortie glorieuse d’Egypte : le bâton qui avait ouvert la mer rouge, le bâton qui avait changé les eaux du Nil lors du combat contre Pharaon, fera le même miracle pour le même peuple, toujours bien-aimé. Ainsi, nous en viendrons à confesser le Christ comme le même hier, aujourd’hui et pour l’éternité (Heb. 13, 8). Cette affirmation met fin au doute provocateur : Dieu est-il au milieu de nous ou n’y est-il pas ? Si nos pères on tenté et provoqué Dieu, si notre passé est rempli de moments où nous nous sommes livrés à des actes (intérieurs ou extérieurs) de tentation et de provocation de Dieu, ‘le temps favorable’ nous permet de revenir au Seigneur de tout notre cœur afin de retrouver la joie de la réconciliation, et un nouvel élan pour la louange qui répare le doute pervers.

C’est bien ce que l’apôtre Paul a compris quand il écrit aux Romains : notre foi en Lui est très agréable aux yeux de notre Père du ciel. En cette attitude, Dieu trouve sa joie et nous confère sa propre justice. Ainsi, la disposition intérieure du croyant est de communier à cette présence invisible de Dieu dans l’assurance de sa plénitude, quand nous le verrons face à face. L’amour de Dieu est la garantie de cette certitude. L’Esprit Saint atteste à notre esprit que Dieu est au milieu de nous : l’Emmanuel de tous les temps. Comment Paul en est-il arrivé là ?

L’Apôtre a fait la même expérience que la Samaritaine au puits de Jacob. Son puits a été la fameuse route de Damas où il a rencontré Dieu-au-milieu-de-nous. La femme de notre Evangile représente d’une manière similaire tout disciple. Comme chacun de nous dans sa spécificité, elle est acculée par la souffrance de la solitude affective et sociale. Elle est stigmatisée par sa communauté, et rejetée. L’histoire la montre cependant ouverte à la voix du Seigneur. Quand elle l’entendit, elle trouva la vie. Comme l’eau qu’elle venait puiser pour la vie du corps, la voix tendre de Jésus qui remplaça la cruche d’eau, sera la nouvelle vie ramenée au village. Elle se trouve réunie avec son peuple qui confirme sa parole en signe de confiance et d’amitié restaurée. Cette voix a donné vie à toute la communauté car cette femme aussi était « fille d’Abraham. »

Recherchons avec une ardeur renouvelée la voix (amour) du Seigneur qui, selon Paul, est déjà répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous est donné. Cette recherche se fait par le soin que nous apportons au voisin, par le partage de nos ressources avec les autres, comme cette femme qui a bravé toutes les étiquettes pour donner une information utile aux autres, afin que le village ne manque pas une possible visite du Seigneur, un passage d’ange bienfaiteur, l’apparition finale du Messie attendu. C’est un acte noble qu’elle a posé, au prix d’un grand sacrifice (si nous mesurons l’ampleur de sa situation sociale à l’aune de la culture juive du temps). Osons rencontrer les autres dans leurs besoins ! C’est aussi par cette porte que la Samaritaine a entendu la voix du Seigneur : Donne-moi à boire ! Elle a osé demander à Jésus s’il était sérieux dans cette question inimaginable (dans le contexte de conflit de religion entre les deux peuples) : ‘Comment peux-tu toi un homme Juif me demander à boire à moi une femme Samaritaine ‘? Elle a osé (en bonne Samaritaine) le dialogue avec ‘le voisin dans le besoin’. C’est dans ce dialogue qu’elle a entendu ‘la voix du Seigneur’ : « Je suis le messie, moi qui te parle. » Sur ce, elle est partie pour annoncer la bonne nouvelle aux amis du village; elle était guérie par la rencontre fructueuse avec l’ami de tout être humain. Cet ami attend chacun de nous au carrefour de la prière pour nous redynamiser, nous renouveler et nous donner une nouvelle vision pour la mission par lui assignée. Prions aussi pour toutes les personnes seules afin qu’elles puissent rencontrer l’amour du Christ qui, seul, satisfait le désir du cœur de l’homme.

 

Père Emmanuel FORO, SJ

 

 

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