Le Xème colloque annuel ICMA-ITCJ : Quand la réflexion théologique se confronte aux enjeux de l’urbanisme

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Le traditionnel colloque ouvrant le second semestre à l’Institut Catholique Missionnaire d’Abidjan (ICMA) et à l’Institut de Théologie de la Compagnie de Jésus (ITCJ) a bel et bien eu lieu et a tenu toutes ses promesses. Du 16 au 17 février 2017, se sont ténues sur le campus de l’ITCJ les assises du dixième colloque annuel ICMA-ITCJ, ayant pour thème général : « Défis des villes africaines et Evangélisation ». Mettre en parallèle les villes africaines et l’Evangélisation, voilà une démarche peu ordinaire dans le domaine de la réflexion théologique. Et pourtant, on ne peut ignorer le fait que les pays africains connaissent des mutations sociales profondes avec un mouvement d’urbanisation accéléré. Ainsi, toucher les questions urbaines revient à atteindre les réalités profondes auxquelles le peuple de Dieu se confronte au quotidien pour lui ouvrir la voie du développement et du salut selon le dessein de Dieu.

Le mot de bienvenu à ce colloque fut adressé par le recteur de l’ITCJ, le Père Yvon-Christian Elenga. Le recteur de l’ITCJ I a tenu à rappeler que ce colloque est un temps d’échange, de franche collaboration pour ceux qui sont appelés à faire route ensemble dans l’exercice de la foi, en l’occurrence les deux institutions sœurs, ITCJ et ICMA. Il a invité l’acte théologique à repenser les villes africaines dans leur cosmopolitisme pour rendre possible leur émergence socioéconomique et culturelle.

La parole fut donnée ensuite au Père Nathanaël Soede, président du comité scientifique de ce colloque. Pour le Père Soede, les enjeux du développement des villes africaines cristallisent les questions du développement du continent africain. L’Afrique est un continent d’avenir et ses villes avec elle. La réflexion théologique ne doit pas être en marge des questions sociologiques qui touchent l’être africain dans le train quotidien de son existence.

Après ces allocutions d’ouverture, nous avons assisté aux deux premières conférences de ce colloque. Le premier, tenu par le sociologue et anthropologue Gadou Dakouri, a porté sur : « Pluralisme religieux en milieu urbain africain : défis sociopolitiques et théologiques ». Le Professeur Dakouri a montré que la croissance rapide des agglomérations africaines nécessite une réflexion de fond pour penser leur développement et leur équilibre social et religieux. Il a promu un certain pluralisme religieux qui tient compte des enjeux de la laïcité et d’une théologie des proximités, qui réponde aux défis sociaux et religieux auxquels les populations africaines sont confrontées. La deuxième conférence, donnée par le Professeur Claude Tassin, exégète et professeur émérite, avec pour intitulée : « Les origines de la mission chrétienne : un phénomène urbain » a tourné sur l’expansion de la foi chrétienne dans l’Empire romain et l’apport de l’urbanisme dans les voyages missionnaires de Paul, en faisant particulièrement référence à sa rencontre avec Priscille et Aquillas pour marquer la célérité avec laquelle s’est propagée la foi chrétienne dès les premières heures de sa pratique.

Il faut souligner le fait que l’une des caractéristiques de ce colloque ICMA-ITCJ, ce sont ces travaux en carrefour auxquels sont conviés tous les participants aux assisses (Etudiants, chercheurs, professeurs). C’est donc à cet exercice de mis en commun auquel a pris part toute l’assemblée dans l’après-midi du jeudi 16 février pour approfondir les questions liées à la thématique générale.

La journée du vendredi 17 février a été ponctuée de 4 nouvelles communications gravitant autour d’une approche sociologique et théologique de la question de l’urbanisme africain en rapport avec l’évangélisation. La première intervention fut celle du Professeur Raul Kpa Kouassi, philosophe et chercheur à l’université Houphouët Boigny de Cocody, ayant pour thème : « Nouvelle évangélisation et internet ». Plusieurs éléments statiques montrent l’urgence de penser la nouvelle évangélisation en Afrique en prenant en compte le développement de nouvelles technologies, et particulièrement l’internet. L’on ne peut passer outre mesure le fait que 14% de la population africaine utilise aujourd’hui l’internet. Le professeur Raul Kouassi a donc appelé la réflexion théologique à poser les fondements d’une d’évangélisation qui interagit avec les pratiquants de la foi, qui sont de plus en plus présents dans les réseaux sociaux et entendent y partager aussi la parole de Dieu.

La deuxième communication, qui nous a introduit purement aux terminologies théologiques, était livrée par le Docteur Paulin Degni, patrologue et enseignant-chercheur au grand séminaire d’Anyama. Sur le thème : « La ville dans la vie et la pastorale des Pères de l’Eglise », le docteur Degni a soutenu que les différentes villes dans lesquelles ont vécu les Pères de l’Eglise ont influencé d’une manière ou d’une autre leur itinéraire de foi et leur pensée théologique. En outre, le patrologue ivoirien a martelé sur le fait que la réflexion théologique chrétienne ne peut se passer de grands conciles de l’ère patristique qui se sont tenus dans les grandes agglomérations chrétiennes telles que Nicée, Ephèse, Antioche, Chalcédoine, Constantinople, et qui sont, pour ainsi dire, les sources archéologiques de la pensée chrétienne.

Les deux dernières interventions théologiques ont fait appel beaucoup plus à l’interdisciplinarité pour soutenir leurs hypothèses. Dans sa communication intitulée : « Habiter la ville comme acte missionnaire » le docteur Rodrigue Naortangar, S.J., enseignant-chercheur à l’ITCJ, a postulé que la ville est le lieu de l’acte missionnaire du théologien. Si l’Afrique s’urbanise avec un taux de 4% par an, il reste toutefois qu’elle est de plus en plus confrontée aux défis de la pollution, de la criminalité et de l’exode rural qui sont de véritables freins au développement. Pour le docteur Rodrigue Naortangar, le théologien est appelé à habiter la ville, c’est-à-dire à contribuer à la construction d’un espace commun qui promeut les valeurs culturelles africaines et épanouit chaque être dans sa dignité propre. Quant au Professeur Nathanaël Soede, dernier conférencier à ce colloque, il soutient que l’Eglise est appelée à évangéliser des villes dont l’histoire a été marquée par des situations conflictuelles, pas toujours prises en compte par les missionnaires. Sur le thème : « Villes africaines, hyper-religion, business religion et christianisme : Evangéliser l’Afrique dans les villes », le Professeur Soede a appelé la théologie africaine à prendre au sérieux la question des villes dans le dynamique de la nouvelle évangélisation. Les chrétiens ne doivent pas restés indifférents aux multiples crises qui frappent nos milieux urbains, ils doivent s’engager au développement réel de nos cités. Par ailleurs, le moraliste béninois a tenu toutefois à souligner que l’action chrétienne pour le développement ne doit pas seulement se limiter en ville, elle doit s’étendre également dans les milieux ruraux qui souffrent parfois de certaines discriminations structurelles.

C’est au Père Paul Ennin, recteur de l’ICMA, qu’est revenu l’honneur de clôturer les travaux de ce colloque. Chacun était donc invité à s’engager pour l’épanouissement de l’homme africain en milieu urbain. Le rendez-vous est donc pris pour l’année prochaine, avec une nouvelle thématique bien sûr, mais toujours avec la même ardeur : rendre raison de notre espérance en répondant aux appels que le Seigneur nous lance aux prismes de la destinée africaine.

Ephraïm NLANDU, S.J.

ITCJ, Abidjan.

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