Hermann-Habib Kibangou, Paulin POUCOUTA : le service de la parole de Dieu

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Hermann-Habib Kibangou, Paulin POUCOUTA : le service de la parole de Dieu. Entretiens, Abidjan, Editions Paulines, 2016, 176 p.

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Préface

Paulin Poucouta, le service de la Parole de Dieu, n’est pas un livre, c’est un ouvrage dans lequel Hermann-Habib Kibangou par ses interviews, pousse Paulin Poucouta à revisiter sa vie, dans une sorte d’Erinnerung (Récapitulation), bio-spirituelle, bio-intellectuelle, biobibliographique. Ces autobio-graphies sont traversées par ce que l’interlocuteur nomme «Utopie missionnaire et prophétique» (capable de sortir l’Église en Afrique de la torpeur et du conformisme) dont les cinq idées forces tirées de son quasi magnus opus, Lettres aux Églises d’Afrique(2007).

Hermann-Habib s’entretient avant tout avec un sage africain, qui se livre à un exercice de la parole orale, parole risquée et risquante (parce que mise en écrit) où il s’extériorise, comme l’édicte notre proverbe: «Il faut taper dans le ventre de l’éléphant pour entendre le grondement de ses ascaris»; la maïeutique est réussie. Comme aimait à le répéter Emmanuel Kant (1724-1804), l’homme a besoin d’un maître; Paulin Poucouta ne fait pas exception; une foultitude de figures l’ont fasciné et le fascinent encore dont: Émile Cardinal Biayenda, Joseph Cardinal Malula, Monseigneur Prosper Puati (son oncle Évêque), père Engelbert Mveng, et un laïc Alioune Diop qu’il compare à Ben Sira parce qu’ils sont deux sages (p. 67), pionnier dans la réflexion africaine, et bien sûr ses parents.

L’Abbé Paulin avec son large sourire, extériorisant son humour, évite les pièges de l’interview. Par exemple lorsque l’intervieweur lui demande «Quel est le Personnage de la Bible qui vous éclaire»? Réponse «Jésus de Nazareth», alors qu’on s’attendait à Paul, Ézéchiel ou autres auxquels il a consacré des opuscules. Dans ses réponses, particulièrement au sujet d’innombrables défis, dont le principal est la famille (socle de la société et de l’Église-Famille de Dieu), en sa couche la plus vulnérable que sont les enfants et les jeunes lesquels sont «motif et sujet d’espérance et d’inquiétude», on remarquera chez Paulin Poucouta le souci d’une «spiritualité de la responsabilité» qui oblige à une « biobliophagie»; cela suppose une formation «holistique» de tous les protagonistes, laquelle vise non seulement un savoir tout court, mais un savoir-être, un savoir-faire, un savoir-vivre, et surtout un savoir-réfléchir aux fins de revisiter la culture africaine, sans toutefois tomber dans les anachronismes et le folklore; par exemple, au sujet des “sirènes de la mondialisation” (…)

Il faut compter sur les Associations des chercheurs, les Centres de recherches et de créativité socio-culturelles, les Instituts et Universités, ouverts à tous (p. 36). Au sujet des défis socio-économiques et politiques, des guerres civiles et instabilités des institutions politiques, Paulin Poucouta dit vrai en montrant leur source coloniale et néocoloniale, et des rivalités pour les ressources naturelles (pétrole, diamants, fer) et espaces géographiques (p. 85), le tout caractérisé par la «rapacité des prédateurs externes et internes du pays» (p. 75). (…)

Et à propos de la responsabilité africaine, l’Abbé Paulin, qui n’est pas un ange, laisse éclater sa «sainte colère» au sujet de la pandémie du « virus Ébola»: «…pourquoi avoir attendu que les Occidentaux en parlent pour que les Africains eux-mêmes se mobilisent, pour que les responsables de l’Union Africaine osent se déplacer pour voir ce qui se passait. En outre, où sont les épidémiologistes africains? Pourquoi ne met-on pas à leurs dispositions des moyens financiers pour faire de la recherche ? Ce n’est pas l’argent qui manque en Afrique, tout le monde le sait. Pour moi, cette pandémie interpelle une fois, de plus, la responsabilité africaine dans la gestion de son destin…»! (p. 105). (…)

Nous aussi espérons que l’Abbé Paulin Poucouta ne va pas nous jouer le coup du coureur grec du marathon, nous pensons que cet entretien n’est pas un testament mais, comme il le dit lui-même, un genre littéraire. Nous aussi, nous l’espérerons ainsi. Vieux frère Paulin, Vale!

Monseigneur Daniel MIZONZO

Évêque Diocésain de Nkayi

Président de la Conférence Épiscopale du Congo

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