François Xavier Akono, S.J. : Docteur en philosophie!

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14714903_10210655670650518_2333485626808628186_oLe 14 octobre 2016, alors que la Compagnie universelle élisait son trente et unième Supérieur Général à Rome, un autre Jésuite, en d’autres lieux, le Père François Xavier Akono, soutenait sa thèse de Doctorat en philosophie au Centre Sèvres de Paris : « De l’hétéronomie à l’autonomie. Reconstruction de la politique et institutions raisonnables.  Une analyse à partir de Fabien Eboussi Boulaga et Éric Weil ».

« Formellement, le raisonnement est donc partout le même : voici ce que vous désirez (grandeur, indépendance, richesse, rendement élevé du travail social, quel que soit le but poursuivi) ; si vous voulez l’obtenir, il VOUS FAUDRA vous débarrasser de telles structures, renoncer à tels procédés, abroger telles valeurs historiques, les remplacer par d’autres plus appropriées et accepter de payer tel prix, pour élevé qu’il paraisse à vos yeux d’hommes d’une tradition “naturelle”, “évidente”, “sacrée”. » (E. Weil, Essais et conférences, 2, p. 401-402). Comment entendre cette phrase dans les terroirs africains ?  Comment penser les conditions de réalisation de la liberté politique en Afrique subsaharienne ? Cette question impulse la thèse soutenue le 14 octobre 2014 aux Facultés Jésuites de Paris, par François Xavier Akono. Le jury était composé ainsi qu’il suit :

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  • Etienne GANTY, S.J., Centre Sèvres, Directeur de la thèse
  • P. Henri LAUX, S.J., Centre Sèvres
  • Sr. Cécile RENOUARD, R.A., Centre Sèvres
  • M.  Mahamadé SAVADOGO, Université Ouaga I Joseph Ki-Zerbo.

La crise du Muntu analyse les moments de naissance de la philosophie africaine contemporaine. L’ethnophilosophie et la philosophie de l’école, sont critiqués par Eboussi dans la mesure où elles trahissent le projet d’autonomie du Muntu. Ces deux manières de philosopher aboutissent à l’hétéro-détermination de l’Africain-e.

Cette trajectoire liée à la critique méthodologique du philosopher africain à partir de la notion d’autonomie est continuée par Fabien Eboussi Boulaga. Une lecture de Les conférences nationales en Afrique noire, suggère une analyse de l’hétéronomie en  son versant politique, en tant qu’assujettissement et de frein aux libertés citoyennes, cela par ce qu’il nomme l’État administratif dans La démocratie de transit au Cameroun. La notion d’hétéronomie  a aussi été mise en corrélation avec les notions de minorité (Kant) d’aliénation (Karl Marx), d’invisibilité sociale (Guillaume Le Blanc et Etienne Tassin) ; elle est surtout comprise grâce à la pensée critique de Fabien Eboussi Boulaga, lecteur critique des dérives autocratiques de l’État subsaharien ; et cette notion a constitué une grille d’analyse de la critique weilienne du gouvernement autocratique.

La phase de reconstruction de l’espace politique quant à elle s’est attelée à définir quelques pistes de reprise de soi chez le Muntu en plus d’une réflexion sur les conditions de vécu de la liberté dans des institutions raisonnables. La thèse réfléchit sur la politique participative qui devrait intervenir dans l’élaboration d’une constitution ; l’auteur a surtout mené une réflexion sur les valeurs démocratiques. L’un des apports de cette recherche est  l’élaboration d’une méthode de corrélation ; cette dernière permet aux concepts de se compléter et de s’étendre. C’est ainsi qu’il est possible d’interpréter la notion d’hétéronomie dans un sens à la fois social et politique. C’est ainsi qu’il est possible de la mettre en lien avec les réalités de l’oppression subie et de ses effets. Tel est le propre des régimes dictatoriaux qui créent à la fin des citoyens passifs ; L’hétéronomie sociale quant à elle est mise en relation avec les vécus de la précarité. Cette idée de corrélation rejoint l’art de Foucault quand il parle d’une « intersection fructueuse et éclairante d’horizons discursifs hétérogènes ». Eboussi ne dit pas autre chose :

« La philosophie, constituée ailleurs ou à une autre époque, quand elle est transportée dans un autre lieu, insérée dans d’autres configurations, adressées à d’autres destinataires, s’expose à signifier différemment. De cette différence, il convient de partir même si l’on “sait” ou postule qu’elle doit être délaissée ; elle fait partie de la vérité, au moins, de la vérité du chemin, c’est-à-dire de celui qui chemine et fait la vérité pour son compte et pour sa part », (Eboussi Boulaga, La crise du Muntu, pp. 128, 186).

Fructueux apostolat intellectuel à notre nouveau Docteur !!

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