Afrique: Colloque international sur la Religion et la violence

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Six jésuites de la Province d’Afrique Occidentale viennent de participer à un colloque international sur la Religion et la violence organisé par l’organisation caritative allemande Missio Aachen. Ce colloque qui s’est tenu du 08 au 10 septembre 2016 à Tangaza University College basée à Nairobi au Kenya. Ce colloque a également vu la participation des chercheurs dans le domaine des sciences humaines, islamiques, de la théologie, de la philosophie, des sciences bibliques, ainsi que des praticiens dans le domaine du dialogue interreligieux.

Au regard des terreurs et atrocités commises au nom de la religion, l’actualité médiatique presse de revisiter la vieille liaison dangereuse entre la religion et violence. Pour ne pas sacrifier ce thème à un effet de mode, passager et superficiel, l’organisation caritative allemande Missio Aachen a pris l’initiative de rassembler des chercheurs africains autour d’une étude de la relation entre religion et violence. Cette étude devrait s’étaler sur plusieurs années. C’est ainsi que depuis une année environ, des ateliers de réflexion mais également des enquêtes de terrain en Tanzanie, en Côte d’Ivoire, au Tchad, au Mali, en Centrafrique ont été initiés. Le but est de récolter des données empiriques sur lesquelles une réflexion future pourrait s’appuyer.

L’Eglise au cœur des questions de Religion et la violence

Ce sont les résultats de ces travaux et enquêtes qui ont été présentés du 08 au 10 septembre 2016 à Tangaza University College de Nairobi au Kenya, lors d’un colloque organisé par Felix Phiri, Directeur du département des études islamiques de Tangaza. Missio Aachen, par le biais de son représentant Marco Moersbacher a désiré, par la même occasion, mettre en place un réseau de théologiens africains devant s’investir sur ces questions. C’est ainsi que des chercheurs dans le domaine des sciences humaines, islamiques, de la théologie, de la philosophie, des sciences bibliques, ont participé à ce colloque, ainsi que des praticiens dans le domaine du dialogue interreligieux.

Six jésuites de la province de l’Afrique Occidentale ont également participé à cette rencontre, à savoir Paul Béré, Antoine Bérilengar, Aristide Dossou, Ludovic Lado, Paterne Mombe et Rodrigue Naortangar. On a également noté la présence de théologiens, philosophes et biblistes africains tels que Mgr Raymond Ahoua, évêque de Grand Bassam en Côte d’Ivoire, Sr. Josée Ngalula, Sr. Thérèse Samaké, P. Elias Mpongo, sj, abbé Ignace Ndongala Maduku, abbé Nathanael Soédé, abbé Raymond Aina.

Comment éviter la radicalisation et l’instrumentalisation des jeunes ?

Une première partie du colloque a consisté à écouter les résultats des enquêtes de terrain. Malgré la diversité des contextes étudiés, tant les rapports chrétiens-musulmans que les rapports entre musulmans sont marqués d’inquiétude. Les causes en sont, entre autres, la radicalisation de jeunes par des groupes terroristes, la politisation de la religion ou la manipulation de la religion à des fins politiques, l’instrumentalisation de la politique par la religion. Une vague de réflexions bibliques, anthropologiques, éthiques, philosophiques ainsi qu’une revue de la littérature des sciences sociales sur le rapport de la religion à la violence ont été proposées.

Revisiter les passages violents du livre de Josué, tenter de faire la différence entre une violence positive et une violence négative, face à la violence au nom du christianisme et de l’islam défendre le droit des minorités religieuses, défendre le droit des femmes et prendre connaissance des travaux déjà effectués sur le rapport de la religion à la violence sont autant de défis que se sont donnés les intervenants au colloque. Il faut cependant noter que l’audience a particulièrement apprécié les interventions de deux musulmans, une femme engagée pour l’éducation des femmes musulmanes et un homme, appliquant les principes de la justice et la paix dans des méditions et négociations avec les groupes islamistes en Somalie.

Chrétiens et musulmans engagés pour la paix

Ces deux voix ont rappelé aux participants que les musulmans eux-mêmes sont des victimes de groupes terroristes d’inspiration islamiste. Le caractère interdisciplinaire de ces réflexions doctes et appréciées par l’audience a laissé entrevoir la complexité du rapport entre religion et violence en contexte africain chrétien et musulman. Il a été recommandé d’éviter le piège d’une liaison dangereuse entre religion et violence en élargissant le thème Religion et violence au thème Religion, paix et violence.

Les questions de méthode dans la manière d’aborder ce thème, spécialement le rapport des sciences sociales à la théologie, mais également le rôle et la place des identités religieuses dans cette problématique devraient également être approfondis. Autant de questions ouvertes qui justifient une poursuite des études amorcées. Le groupe de réflexion se rencontrera dans deux ans pour poursuivre sa réflexion.

P. Rodrigue Naortangar, SJ

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