Tchad: la paroisse de Dadouar fête ses 60 ans

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60 ans, ce n’est plus mon âge, ce ne sont pas non plus les années de séjour au Tchad, il en manquerait ! Il y a 60 ans le père Joseph CAVORET fondait la paroisse Notre Dame de Dadouar ! Combien de fois fut posée la question : »Pourquoi le père Cavoret est-il allé se mettre sur ce caillou de Dadouar où il n’y a pas d’eau ? »

Avant de répondre soulignons que cet anniversaire, longuement préparé cette année, fut célébré avec fastes à l’occasion des fêtes de l’Assomption de la Vierge Marie, patronne de cette paroisse. 60 ans, ce sont trois générations, trois générations de chrétiennes et de chrétiens, petits et grands heureux de rendre grâce et d’affirmer leur foi.

Le programme du jubilé, précédé d’une neuvaine, s’est déroulé en trois journées, le samedi matin,

Pèlerinage
Pèlerinage

13 juillet, pèlerinage sur l’itinéraire parcouru par le Père Cavoret, de Korlongo à Dadouar, suivi de la messe, vigile de l’Assomption, présidée par l’abbé Philippe Abbo, un enfant du pays.  Le thème du pèlerinage : la parabole de l’enfant prodigue choisie pour rejoindre l’année de la miséricorde. En 1956, fonder cette paroisse à Dadouar était bien signe de la miséricorde divine !

Le dimanche 14 août, particularité propre au Tchad où l’Assomption n’est pas férié, fut marqué par la célébration solennelle, toujours présidée par l’abbé Philippe Abbo Chen, vicaire général représentant notre évêque, Mgr Henri Coudray, en déplacement en Europe. Nombreuse assistance, délégations de chrétiens venus de N’Djaména, d’Abéché, de Baro, Mongo et Bitkine, autorités locales, chefs de villages et même pasteurs protestants des environs, présents avec quelques fidèles, pour se joindre à notre louange. La chorale, une cinquantaine de jeunes, garçons et filles, soutenus par les tambours, balafons et « goundi «  a vaillamment chanté, chants anciens et nouveaux pour soutenir notre prière. J’aimerais ici pouvoir citer tous ces noms de paroissiens que j’ai appris à estimer mais la page ne suffirait pas. Notre évêque avait envoyé un message d’encouragement, lu et écouté avec beaucoup d’attention. Mais »Pourquoi le père Cavoret est-il allé se mettre sur ce caillou de Dadouar ? » Achevons d’abord le survol de ces trois journées.

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Les premiers chrétiens

Le 3ème jour,   lundi 15 août 2016 tous les calendriers vous l‘indiqueront c’est la fête de l’Assomption ! A Dadouar nous sommes toujours fidèles à cette date ! La messe fut présidée par un jeune prêtre, l’abbé Jean-Luc SOUMAÏN HATAP, tout juste ordonné pour le diocèse de N’Djaména et dont la famille est originaire de Barlo. Grande joie de voir un ressortissant de la région consacré au ministère sacerdotal et petit pincement de coeur : l’abbé Jean-Luc pourrait-il rejoindre notre maigre équipe pastorale ?

« Mais pourquoi le père Cavoret… ?» Cela vaut d’être conté… Tâche confiée à votre serviteur au début de la célébration du dimanche.

Les pères jésuites, présents à Baro depuis 1948, préparaient une fondation dans le canton Dangaleat. Au début de l’année 1956, le père Augustin MATHIEU, accompagna le père Cavoret à Barlo, pratiquement à mi-chemin entre Mongo et Bitkine. Mais il n’y avait pas de place à Barlo… Koskatché, beaucoup plus accueillant mais trop au Sud de l’axe Mongo-Bitkine. Bara, important village, trop au Nord de la zone. Quelqu’un suggéra Korlongo, à 2 km au Nord de la grande piste et Cavoret s’installa au campement du village. L’administrateur civil du district, M. Marty,  soucieux de l’ordre public aura vite conclu (avec un fort accent de Perpignan): »Les prrrotestants sont à Korrrbo,  maintenant  les  catholiques  à  Korrrlongo,  ils  vont  nous  foutrrre  une  guerrrre  de rrreligions ! » Secrètement, le chef de village de Korlongo fut convoqué avec ordre de dire au père Cavoret qu’il ne pouvait pas rester dans ce village… Motif ? Débrouille-toi ! La consigne fut transmise, mais Cavoret garda courage et, tout en continuant à soigner les gens, leur disait qu’il lui faudrait bientôt partir, où, il ne savait..! La nouvelle se répandit…

Surgirent  alors  des  gens  venant  d’un  quartier  dissident  et  de  mauvaise  réputation,  séparé  de Korlongo depuis plusieurs générations… ces gens dirent un soir à Cavoret : »Prépare-toi, demain nous venons te chercher, tu seras avec nous à DADOUAR ! » Il en fut ainsi ! le père Cavoret, devant cette solution inattendue, décida de placer la fondation sous la protection de la Vierge Marie.

 

Serge Semur, sj

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