Vendredi de la 1ère semaine de carême

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Dans presque toutes les religions du monde, nous rencontrons le sacrifice : une offrande, une libation, une bête immolée offerte à Dieu ou à une Puissance subalterne, par laquelle l’homme de toute culture veut exprimer à la divinité son respect, son adoration, sa reconnaissance. Les prophètes de l’ancien Testament, Isaïe en particulier, alertent notre attention : Dieu n’a pas besoin de nos sacrifices, il ne se nourrit pas des taureaux immolés en son honneur. La valeur du sacrifice tient à l’attitude intérieure de celui qui l’offre.

 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 5, versets 20 à 24.

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux.

Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien moi, je vous dis : tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.

                Donc, quand tu vas présenter ton offrande sur l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande ».

 


 

Voilà des paroles très fortes, qu’il nous est bon de méditer en ce temps de carême. Ton offrande ne pourra plaire à Dieu ton Père que si tu es en paix avec tes frères. Déjà précédemment Jésus nous avait dit que nous ne pouvions nous adresser à Dieu notre Père en fils pardonnés, qu’en étant nous-mêmes des frères pardonnants. « Pardonne-nous comme nous pardonnons aussi… »

Remarquons que Jésus ne dit pas « Si tu as quelque chose contre ton frère », mais bien : « si ton frère a quelque chose contre toi », c’est-à-dire quelque grief, quelque motif d’être en colère contre toi, va le trouver, va te réconcilier. A toi de faire le premier pas. Ne dis pas : « c’est à lui de venir à moi », car Dieu ne fait pas ainsi. C’est lui qui vient au devant, comme le père du fils cadet et du fils aîné : quand l’un revient après sa rupture avec le Père, quand l’autre refuse d’entrer dans la maison, c’est toujours le Père qui sort le premier et vient à la rencontre pour rétablir la relation brisée (Lc 15, 11-32). Il attend de nous que nous fassions comme lui. Nos offrandes, nos prières, nos sacrifices ne peuvent lui être agréables, si la colère et le ressentiment contre nos frères habitent nos cœurs.

Mais si l’autre ne veut pas se réconcilier, que faire ? Oui, cette situation existe. On la rencontre notamment dans les cas de divorce, de conflits familiaux, et elle est particulièrement douloureuse. Tu tends la main de la réconciliation : si cette main n’est pas saisie, tu n’y peux rien. Tu n’as pas à te culpabiliser, car tu n’es responsable de la relation que de ton côté, et non des réactions de l’autre. Comme tu ne peux plus rien faire, il ne te reste plus qu’à confier l’autre, avec toi-même, à la miséricorde de Dieu.

Ici, certains chrétiens peuvent éprouver une hésitation sur un point particulier. En cas de conflit avec une personne, puis-je encore communier au corps du Christ ? Ne serait-ce pas une hypocrisie ? Ou un sacrilège ? Ne serait-ce pas aller contre ce que Jésus nous recommande dans le texte que nous venons d’entendre ? A cette délicate question, chacun pourra trouver la réponse en écoutant ce que la voix de sa conscience, dans la situation qui est la sienne, lui dicte. Si dans son cœur il ressent de la haine pour la personne avec laquelle il est en conflit, il est probable qu’il vaudra mieux s’abstenir de communier ; si au contraire, il ressent dans son cœur de la souffrance, certes, mais pas de haine contre l’autre, plutôt le pardon, ou quelque chose qui va dans ce sens, alors cette personne pourra trouver force et paix pour vivre son épreuve en recevant le corps du Christ.

 

Toi qui sondes les cœurs, Seigneur, purifie-moi,

tandis que je m’avance vers toi.

Quand je vais vers ton autel, Dieu notre Père,

purifie mon cœur de toute colère et de toute haine,

remets en moi un esprit de pardon et de bonté

pour me préparer à te rencontrer en vérité,

toi le Dieu de toute bonté, plus grand que notre cœur.

 

P. Jacques Fédry, sj

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