Vendredi après les cendres

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Aujourd’hui, l’Eglise propose à notre méditation un texte très fort de l’Ancien testament, qui peut nous aider à vivre aujourd’hui notre carême d’une manière qui plaise à Dieu. Le prophète Isaïe, quelque 750 ans avant Jésus-Christ, vit à Jérusalem. C’est au temps des premiers rois après David et Salomon. Il y a une certaine richesse à cette époque, mais beaucoup d’injustice, beaucoup d’oppression. Des Juifs pieux se plaignent de Dieu : ils jeûnent, mais ils ont l’impression que Dieu ne répond pas à leurs demandes, que Dieu méprise leur jeûne. Ecoutons Dieu leur répondre, par la voix du Prophète, en les secouant sérieusement :

Lecture du livre d’Isaïe, chapitre 58, versets 9 à 14

Ils me demandent de leur faire justice, ils voudraient que Dieu soit proche.

‘Quand nous jeûnons, pourquoi ne le vois-tu pas ? Quand nous faisons pénitence, pourquoi ne le sais-tu pas ?

Oui, mais le jour où vous jeûnez, vous savez bien faire vos affaires,

Et vous traitez durement ceux qui peinent pour vous.

Votre jeûne se passe en disputes et querelles, en coups de poing sauvages.

Ce n’est pas en jeûnant comme vous le faites aujourd’hui que vous ferez entendre là-haut votre voix.

Est-ce là le jeûne qui me plaît, un jour où l’homme se rabaisse?

S’agit-il de courber la tête comme un roseau, de coucher sur le sac et la cendre ?

Appelles-tu cela un jeûne, un jour agréable au Seigneur ?

Le jeûne qui me plaît, n’est­-ce pas ceci :

faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ?

N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, accueillir chez toi les pauvres sans abri,

couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ?

Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite.

Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche.

Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ;

Si tu cries, il dira : ‘Me voici’. 


            La première chose à retenir, c’est que Dieu ne prend aucun plaisir à nous voir souffrir. « Courber la tête comme un roseau, coucher sur le sac et la cendre, appelles-tu cela un jour bien accueilli

par le Seigneur ? » Ce n’est pas notre souffrance en elle-même qui intéresse Dieu. Ce que Dieu attend de nous en ce temps de conversion, ce n’est pas d’abord d’arrêter de manger, mais d’arrêter de mal agir, et de commencer à faire le bien. Donc, négativement, lutter pour arrêter l’injustice, la corruption, la méchanceté ; positivement, être solidaires de ceux qui sont pauvres, qui manquent de nourriture, de vêtement, de logement, en leur venant en aide, pas en paroles, mais en actes. De là, certains s’engageront dans une action organisée avec d’autres pour le bien du pays.

C’est pour cela que les chrétiens, depuis le début, tout au long de leur histoire jusqu’à aujourd’hui, ont toujours compris que le jeûne était lié au partage. La nourriture ou la boisson dont nous nous privons, ils font en sorte que, d’une manière ou de l’autre, directement ou indirectement, en nature ou en espèces, elle puisse venir en aide aux plus démunis. Ainsi, nos frères chrétiens de Suisse organisent pendant le carême des réunions où ils prennent simplement une soupe ou un bol de riz comme repas, et ils donnent l’argent correspondant au repas normal qu’ils auraient fait. C’est ainsi que, dans plusieurs endroits en Afrique, vous pouvez rencontrer des puits ou des projets de développement financés par le « Carême suisse ». Dans un collège du Tchad, on a vu des jeunes qui, pendant le carême, le vendredi, se privaient de leur repas de midi ; ils rassemblaient dans des bassines les parts du plat de pâte de mil et de sauce, puis les mettaient sur une petite charrette et allaient les distribuer aux malades de l’hôpital qui n’avaient pas à manger.

A chacun et à chacune de nous de voir ce qu’il peut faire pendant ce carême pour être plus solidaire des déshérités, des pauvres autour de lui. Peut-être simplement en commençant à donner un peu de joie à ceux qui l’entourent, en les respectant mieux, en faisant plus attention à eux, en leur rendant service ou simplement en les écoutant.

Dieu notre Père, aide-nous à vivre ce carême d’une manière qui te plaise !

Donne-nous d’être comme toi attentifs à ceux qui souffrent autour de nous, et d’essayer de leur apporter un peu de bonheur. Amen !

 

P. Jacques Fédry, sj

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